{"id":1462,"date":"2013-07-26T23:09:09","date_gmt":"2013-07-26T23:09:09","guid":{"rendered":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/?p=1462"},"modified":"2013-07-26T23:09:09","modified_gmt":"2013-07-26T23:09:09","slug":"que-faire-avec-le-socle-et-les-competences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/2013\/07\/26\/que-faire-avec-le-socle-et-les-competences\/","title":{"rendered":"Que faire avec le &quot;socle&quot; et les &quot;comp\u00e9tences&quot; ?"},"content":{"rendered":"<p><a data-mce-=\"\" href=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/spip.php?article164\">Un article en d&eacute;bat sur le site du GRDS<\/a> :<\/p>\n<div>\n<p>La loi Fillon de 2005 porte l&rsquo;objectif du &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;, la formation de &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;, l&rsquo;usage d&rsquo;un &laquo;&nbsp;livret de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; au fronton de la nouvelle politique scolaire. C&rsquo;est une &eacute;tape marquante dans la transformation de la vision qu&rsquo;ont les pouvoirs publics de ce que doivent &ecirc;tre les missions et les fonctionnements de notre syst&egrave;me &eacute;ducatif.<\/p>\n<p>Cette &eacute;volution est profonde, et elle fait l&rsquo;objet d&rsquo;un large consensus, de la droite &agrave; une partie de la gauche&nbsp;: deux raisons de la prendre au s&eacute;rieux, et d&rsquo;interroger sa pertinence au regard de l&rsquo;ambition d&eacute;mocratique pour l&rsquo;&eacute;cole qu&rsquo;avec d&rsquo;autres forces le GRDS s&rsquo;efforce de promouvoir.<\/p>\n<p>Il y a, dans l&rsquo;objectif de transmission d&rsquo;un &laquo;&nbsp;socle commun de connaissances et de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;, deux id&eacute;es bien distinctes&nbsp;: celle selon laquelle l&rsquo;&eacute;cole doit assurer &agrave; tous un bagage minimum d&eacute;sign&eacute; comme &laquo;&nbsp;socle&nbsp;&raquo;&nbsp;; et celle selon laquelle la formation de &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; doit d&eacute;sormais devenir un objectif majeur de l&rsquo;action scolaire [1].<\/p>\n<p>Ces deux id&eacute;es sont en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale &eacute;voqu&eacute;es simultan&eacute;ment. La question de la formation de comp&eacute;tences, ou si l&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re de &laquo;&nbsp;savoir agir&nbsp;&raquo;, perd en effet de son acuit&eacute; au fur et &agrave; mesure que s&rsquo;approfondit l&rsquo;appropriation des secteurs de connaissances correspondants, pour les &eacute;l&egrave;ves qui poursuivent leurs &eacute;tudes&nbsp;: soit parce que les connaissances disciplinaires d&eacute;velopp&eacute;es incluent n&eacute;cessairement des formes vari&eacute;es de savoir agir&nbsp;; soit parce que leur d&eacute;tenteur peut les convertir par lui-m&ecirc;me en savoir agir sans trop de difficult&eacute;s&nbsp;; soit enfin parce que la formation sp&eacute;cifique de savoir agir s&rsquo;inscrit de fa&ccedil;on naturelle dans la continuit&eacute; de la formation disciplinaire ant&eacute;rieure (s&rsquo;agissant par exemple aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un master professionnel).<\/p>\n<p>La formation des comp&eacute;tences para&icirc;t ainsi probl&eacute;matique dans le cas surtout des &eacute;l&egrave;ves qui interrompent pr&eacute;cocement leurs &eacute;tudes et risquent de se retrouver &laquo;&nbsp;dans la vie&nbsp;&raquo; dot&eacute;s d&rsquo;un bagage savant insuffisant pour &ecirc;tre ais&eacute;ment n&eacute;goci&eacute; en comp&eacute;tences existentielles. Comme Philippe Perrenoud, &eacute;minent promoteur de la formation des comp&eacute;tences &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, le souligne avec force, ce sont les &laquo;&nbsp;&eacute;l&egrave;ves en r&eacute;elle difficult&eacute;&nbsp;&raquo; qui ont tout &laquo;&nbsp;&agrave; gagner dans une red&eacute;finition des programmes en termes de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; [2]. C&rsquo;est le bagage minimum avec lequel ils sortiront de l&rsquo;&eacute;cole, le &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;, qui doit &ecirc;tre pens&eacute; en termes de comp&eacute;tences.<\/p>\n<p>La politique scolaire actuellement &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre, et le relatif consensus qui l&rsquo;entoure, associent donc &eacute;troitement les deux questions de la formation scolaire des comp&eacute;tences et de la d&eacute;finition d&rsquo;un bagage minimum au sortir de l&rsquo;&eacute;cole. C&rsquo;est &agrave; cette association qu&rsquo;on s&rsquo;int&eacute;ressera ici&nbsp;; sans oublier cependant, s&rsquo;agissant de r&eacute;fl&eacute;chir aux perspectives d&rsquo;une &eacute;cole d&eacute;mocratique, que l&rsquo;ind&eacute;pendance logique de ces deux th&egrave;mes permet de les dissocier, et notamment de poser la question de la formation des &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; s&rsquo;agissant de la transmission d&rsquo;une culture commune qui n&rsquo;aurait plus rien &agrave; voir avec l&rsquo;actuelle vis&eacute;e d&rsquo;un &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Nous traiterons successivement, dans cette &eacute;tude, de la gen&egrave;se historique de la politique du socle commun&nbsp;; de ses impasses th&eacute;oriques et pratiques&nbsp;; et enfin des perspectives alternatives. [3]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3>La gen&egrave;se d&rsquo;un consensus<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" data-mce-=\"\" height=\"141\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L188xH141\/Image_38-f9952.png\" width=\"188\" \/><\/p>\n<p>On ne saurait aborder la question de la formation scolaire des comp&eacute;tences sans situer au pr&eacute;alable son &eacute;mergence dans le double processus de transformation des politiques scolaires depuis les ann&eacute;es 1960 et de formation d&rsquo;un consensus large, englobant la droite et toute une partie de la gauche, autour des perspectives actuelles. Sans interroger si l&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re, f&ucirc;t-ce succinctement, la convergence qui s&rsquo;est jou&eacute;e dans les derni&egrave;res d&eacute;cennies entre les politiques patronales &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du march&eacute; du travail, la d&eacute;finition publique de la politique scolaire, l&rsquo;engagement des intellectuels experts de la question scolaire.<\/p>\n<p><i>Le contexte du dernier demi-si&egrave;cle <\/i><\/p>\n<p>L&rsquo;essor scientifique et technique, les transformations dans les modes techniques de production des biens et services et dans les formes de l&rsquo;organisation du travail, le d&eacute;veloppement de l&rsquo;appareil d&rsquo;&Eacute;tat, de l&rsquo;encadrement public de la reproduction de la force de travail, des bureaucraties d&rsquo;entreprise, etc. ont tr&egrave;s sensiblement modifi&eacute; la qualification simple des salari&eacute;s &laquo;&nbsp;non qualifi&eacute;s&nbsp;&raquo; et suscit&eacute; une demande r&eacute;guli&egrave;rement croissante de qualifications plus complexes. Or, de la plus simple &agrave; la plus complexe, ces nouvelles qualifications incorporent une part de connaissances g&eacute;n&eacute;rales et th&eacute;oriques logiquement d&eacute;volue &agrave; la transmission scolaire. On constate empiriquement d&rsquo;ailleurs (voir les enqu&ecirc;tes FQP et les enqu&ecirc;tes emploi) qu&rsquo;&agrave; partir des ann&eacute;es 1960 le lien dipl&ocirc;me\/emploi se resserre de d&eacute;cennie en d&eacute;cennie sous deux aspects. D&rsquo;une part la sortie de l&rsquo;&eacute;cole sans dipl&ocirc;me offre de moins en moins de chances de carri&egrave;re professionnelle qualifiante ult&eacute;rieure&nbsp;; et d&rsquo;autre part l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; un niveau donn&eacute; de qualification requiert de plus en plus souvent la d&eacute;tention du niveau de dipl&ocirc;me correspondant.<\/p>\n<p>L&rsquo;&eacute;ducation scolaire des jeunes g&eacute;n&eacute;rations, dans ce contexte, va logiquement incorporer la pr&eacute;occupation de la qualification du futur salari&eacute;. De fait, m&ecirc;me si les flux et les contenus scolaires ont &eacute;t&eacute; de tr&egrave;s longue date pens&eacute;s en termes de cat&eacute;gories de d&eacute;bouch&eacute;s professionnels, on observe qu&rsquo;ils sont d&eacute;sormais con&ccedil;us de moins en moins en termes de transmission d&rsquo;une culture (&agrave; partir de laquelle une fois au travail on d&eacute;veloppe une qualification d&eacute;termin&eacute;e)&nbsp;; et de plus en plus en termes de pr&eacute;paration &agrave; l&rsquo;occupation d&rsquo;une cat&eacute;gorie d&rsquo;emploi.<\/p>\n<p><i>Du c&ocirc;t&eacute; du patronat<\/i><\/p>\n<p>Le patronat se soucie tr&egrave;s t&ocirc;t de disposer d&rsquo;une main d&rsquo;&oelig;uvre de mieux en mieux form&eacute;e. Mais sans pour autant se d&eacute;partir du malthusianisme qui a toujours permis au capitalisme de garder la plus grande ma&icirc;trise possible du d&eacute;veloppement et de la mise en &oelig;uvre des connaissances savantes&nbsp;; d&rsquo;&eacute;viter tout gonflement incontr&ocirc;l&eacute; du niveau des qualifications initiales&nbsp;; de donner libre cours &agrave; sa propension &agrave; limiter si possible &agrave; r&eacute;duire l&rsquo;autonomie et la polyvalence requises dans les postes de travail&nbsp;; et de faire pression sur le march&eacute; du travail et le niveau des salaires en maintenant une arm&eacute;e de r&eacute;serve peu qualifi&eacute;e dans sa masse. Bien s&ucirc;r cette lutte patronale contre le d&eacute;veloppement des forces productives humaines s&rsquo;av&egrave;rera de plus en plus contradictoire avec les potentialit&eacute;s inh&eacute;rentes aux d&eacute;veloppements contemporains et source d&rsquo;une souffrance au travail qui se g&eacute;n&eacute;ralise rapidement. C&rsquo;est cette logique contradictoire qui inspire la politique scolaire gaulliste via son ministre de l&rsquo;&eacute;ducation nationale Berthoin, ex-expert du CNPF. L&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;cole unique&nbsp;&raquo; dont le d&eacute;cret de 1959 engage la mise en place est con&ccedil;ue &agrave; la fois pour promouvoir l&rsquo;essor des scolarit&eacute;s, via l&rsquo;allongement &agrave; 16 ans de l&rsquo;obligation scolaire et la g&eacute;n&eacute;ralisation de l&rsquo;acc&egrave;s au coll&egrave;ge&nbsp;; et pour la limiter, en maintenant, gr&acirc;ce &agrave; la mise en concurrence des &eacute;l&egrave;ves et &agrave; la cr&eacute;ation de nouvelles fili&egrave;res, la diff&eacute;renciation de parcours scolaires hi&eacute;rarchis&eacute;s et les in&eacute;galit&eacute;s sociales devant l&rsquo;&eacute;cole.<\/p>\n<p>L&rsquo;instauration de l&rsquo;&eacute;cole unique repr&eacute;sente en m&ecirc;me temps un moment d&eacute;cisif du basculement vers une dominance des objectifs de formation professionnelle, dans le contexte d&rsquo;une planification indicative qui semble rendre possible la vis&eacute;e d&rsquo;une ad&eacute;quation de la formation &agrave; l&rsquo;emploi [4]. Si cette vis&eacute;e s&rsquo;exerce de fa&ccedil;on privil&eacute;gi&eacute;e en un premier temps dans le domaine des formations les plus courtes, elle va progressivement envahir la totalit&eacute; de l&rsquo;espace des parcours scolaires, au fur et &agrave; mesure notamment de la cr&eacute;ation de fili&egrave;res professionnelles et technologiques &agrave; travers lesquelles s&rsquo;accomplit une bonne part de la massification du secondaire [5]. Le patronat manifeste ainsi un souci croissant, particuli&egrave;rement pesant &agrave; partir des ann&eacute;es 1970\/80, de voir l&rsquo;institution scolaire prendre &agrave; sa charge dans toute la mesure du possible l&rsquo;adaptation au poste de travail, des BEP aux masters professionnels, en intervenant sur les contenus enseign&eacute;s et en ouvrant les entreprises aux stages en alternance [6].<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;entreprise, parall&egrave;lement, le patronat s&rsquo;efforce d&egrave;s les ann&eacute;es 1980 de faire exploser le syst&egrave;me de reconnaissance des qualifications et de leur validation objective par le dipl&ocirc;me et l&rsquo;anciennet&eacute; d&rsquo;exp&eacute;rience, et par l&agrave; m&ecirc;me le dispositif des conventions collectives de branche, pour leur substituer des proc&eacute;dures d&rsquo;&eacute;valuation des &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; individuelles et des accords d&rsquo;entreprise. Cette d&eacute;marche s&rsquo;autorise d&rsquo;une part de la crise industrielle et de l&rsquo;essor du ch&ocirc;mage de masse&nbsp;: le salari&eacute; doit &eacute;largir ses comp&eacute;tences pour rester employable&nbsp;; et d&rsquo;autre part des exigences de captation de l&rsquo;initiative individuelle dans les conditions du n&eacute;o-taylorisme, qui requiert des travailleurs polyvalence, autonomie, r&eacute;activit&eacute;.<\/p>\n<p><i>Du c&ocirc;t&eacute; des organismes internationaux<\/i><\/p>\n<p>Les derni&egrave;res d&eacute;cennies sont aussi une p&eacute;riode de mondialisation des politiques scolaires, qui s&rsquo;op&egrave;re sous l&rsquo;&eacute;gide de la m&ecirc;me mutation d&rsquo;une probl&eacute;matique en termes d&rsquo;&eacute;ducation &agrave; une probl&eacute;matique en termes de formation. Au plan international aussi la socialisation scolaire devient une dimension des politiques &eacute;conomiques. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs parce que &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;cole, c&rsquo;est une question d&rsquo;&eacute;conomie&nbsp;&raquo;, avant que de r&eacute;aliser le droit de chacun &agrave; la culture et au savoir, que l&rsquo;UNESCO s&rsquo;est vue dessaisir de ses pr&eacute;rogatives &agrave; cet &eacute;gard au profit de l&rsquo;OCDE, laquelle va se doter d&egrave;s les ann&eacute;es 1980 d&rsquo;une Direction de l&rsquo;&eacute;ducation. Cette derni&egrave;re n&rsquo;aura de cesse d&egrave;s lors que de pr&ocirc;ner des politiques scolaires inspir&eacute;es par &laquo;&nbsp;le r&ocirc;le strat&eacute;gique du savoir&nbsp;&raquo; dans la croissance &eacute;conomique, qui appelle &laquo;&nbsp;une politique vigoureuse de formation mettant &agrave; contribution le syst&egrave;me public d&rsquo;&eacute;ducation&nbsp;&raquo; (1996). [7] Et elle va s&rsquo;attacher &agrave; promouvoir les notions d&rsquo;&eacute;ducation tout au long de la vie, d&rsquo;&eacute;cole apprenante, d&rsquo;&eacute;valuation comparative (en mettant en place l&rsquo;enqu&ecirc;te internationale PISA), et&hellip; de formation des comp&eacute;tences, en soutenant par exemple dans un rapport de 2001 que &laquo;&nbsp;les programmes d&rsquo;enseignement et les p&eacute;dagogies doivent privil&eacute;gier les comp&eacute;tences relationnelles et autres aptitudes non cognitives autant que les facult&eacute;s cognitives&nbsp;&raquo;. Pour les experts de l&rsquo;OCDE la socialisation scolaire doit ainsi assurer &agrave; ses b&eacute;n&eacute;ficiaires une employabilit&eacute; qui conjugue dipl&ocirc;me et dispositions personnelles, savoirs et savoir agir.<\/p>\n<p>Ce souci du savoir agir vise particuli&egrave;rement les contraintes auxquelles sera soumis le futur salari&eacute; dans l&rsquo;entreprise et sur le march&eacute; du travail, o&ugrave; il sera soumis &agrave; des situations d&rsquo;incertitude, &agrave; des exigences r&eacute;currentes d&rsquo;adaptation au changement voire de reconversion. Les syst&egrave;mes &eacute;ducatifs doivent donc former des salari&eacute;s &laquo;&nbsp;adaptables&nbsp;&raquo;, ayant &laquo;&nbsp;appris &agrave; apprendre&nbsp;&raquo; et &agrave; se confronter &agrave; des situations-probl&egrave;mes vari&eacute;es. Cet objectif implique une refonte significative des objectifs (qui doivent faire largement place &agrave; la formation des comp&eacute;tences) ainsi que des m&eacute;thodes d&rsquo;enseignement (la formation des comp&eacute;tences impliquant des p&eacute;dagogies non directives).<\/p>\n<p>Si l&rsquo;OCDE plaide ainsi pour des efforts d&rsquo;investissement accrus dans les syst&egrave;mes &eacute;ducatifs nationaux, ses directives n&rsquo;&eacute;chappent pas pour autant &agrave; l&rsquo;influence du malthusianisme patronal. Celle-ci se manifeste d&rsquo;une part dans la vis&eacute;e utilitariste &laquo;&nbsp;d&rsquo;une r&eacute;duction des connaissances jug&eacute;es inutiles et ennuyeuses quand elles n&rsquo;ont pas de lien &eacute;vident avec une pratique ou un &lsquo;int&eacute;r&ecirc;t&rsquo;&nbsp;&raquo; [8]. Et d&rsquo;autre part dans l&rsquo;insistance mise &agrave; rappeler que la hausse des niveaux de formation ne saurait concerner tout le monde, et que donc bien des jeunes pourront continuer &agrave; se contenter de l&rsquo;&eacute;cole fondamentale. De fait, note l&rsquo;organisation, &laquo;&nbsp;l&rsquo;expansion du groupe des qualifi&eacute;s s&rsquo;accompagne souvent d&rsquo;un accroissement proportionnel des non-qualifi&eacute;s&nbsp;&raquo;&nbsp;: l&rsquo;&eacute;volution du march&eacute; du travail est caract&eacute;ris&eacute;e non par une hausse homog&egrave;ne mais bien plut&ocirc;t par une polarisation de la qualification des emplois, laissant subsister une masse de travailleurs faiblement qualifi&eacute;s, mal pay&eacute;s et peu prot&eacute;g&eacute;s. &laquo;&nbsp;Tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &eacute;conomie&nbsp;&raquo;, rel&egrave;ve encore l&rsquo;OCDE, qui souligne que les &laquo;&nbsp;petits boulots&nbsp;&raquo; ont de l&rsquo;avenir. [9]<\/p>\n<p>Entendant pour sa part se doter de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;conomie de la connaissance la plus comp&eacute;titive et la plus dynamique&nbsp;&raquo;, l&rsquo;Union europ&eacute;enne ne pouvait rester &agrave; l&rsquo;&eacute;cart de cette intervention dans la socialisation des jeunes g&eacute;n&eacute;rations et de l&rsquo;action pour une homog&eacute;n&eacute;isation des politiques scolaires des pays membres. R&eacute;clamant de chacun d&rsquo;eux un fonctionnement optimal des syst&egrave;mes d&rsquo;&eacute;ducation et de formation, elle se dote dans le prolongement du sommet de Lisbonne (2000) d&rsquo;un nouvel instrument politique, la MOC (m&eacute;thode ouverte de coordination), dont les recommandations vont dans la d&eacute;cennie qui suit inspirer, voire formater de plus en plus, les politiques scolaires des nations europ&eacute;ennes. Les lignes directrices de ces recommandations sont tr&egrave;s homog&egrave;nes &agrave; celles de l&rsquo;OCDE. Dans le prolongement du Sommet de Lisbonne, le travail des experts europ&eacute;ens s&rsquo;est logiquement port&eacute; sur l&rsquo;identification des &laquo;&nbsp;objectifs futurs des syst&egrave;mes d&rsquo;&eacute;ducation nationaux dans l&rsquo;&eacute;conomie de la connaissance&nbsp;&raquo;, et tout particuli&egrave;rement sur celle des &laquo;&nbsp;nouvelles comp&eacute;tences de base&nbsp;&raquo; dont il paraissait indispensable de doter tous les jeunes. Leurs indications ont servi de base &agrave; la reconstruction des programmes scolaires fran&ccedil;ais lors de l&rsquo;introduction, en 2005 et 2006, du &laquo;&nbsp;socle commun de connaissances et de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; [10].<\/p>\n<p><i>Du c&ocirc;t&eacute; des politiques<\/i><\/p>\n<p>Remonter le fil de la gen&egrave;se du socle commun nous ram&egrave;ne en fait&hellip; &agrave; la mise en place de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;cole unique&nbsp;&raquo;, qui s&rsquo;op&egrave;re pour l&rsquo;essentiel entre 1959 (ouverture de l&rsquo;acc&egrave;s au secondaire pour tous par le d&eacute;cret Berthoin) et 1975 (instauration du coll&egrave;ge unique par le d&eacute;cret Haby). Une grande caract&eacute;ristique de cette unification du syst&egrave;me &eacute;ducatif est qu&rsquo;elle proc&egrave;de en r&eacute;formant les structures et les parcours, sans se prononcer (&agrave; la diff&eacute;rence des lois des ann&eacute;es 1880) sur les contenus de formation. Il ne faudra pas tr&egrave;s longtemps pour que la question de la transformation de ces derniers se pose &agrave; son tour. C&rsquo;est le cas pour le primaire d&egrave;s 1963, avec la mise en place de la Commission Rouchette. Pour le secondaire le probl&egrave;me concerne surtout le coll&egrave;ge, dont le public se modifie beaucoup plus rapidement que celui du lyc&eacute;e d&rsquo;enseignement g&eacute;n&eacute;ral.<\/p>\n<p>Le coll&egrave;ge unique r&eacute;sulte de la fusion progressive des degr&eacute;s sup&eacute;rieurs de l&rsquo;enseignement primaire et des premi&egrave;res classes du secondaire. Et il conserve, malgr&eacute; cette fusion, une double fonction, de fin d&rsquo;&eacute;tudes (au moins g&eacute;n&eacute;rales) pour les uns, et pour les autres d&rsquo;antichambre du lyc&eacute;e, pour reprendre l&rsquo;expression consacr&eacute;e. Les programmes du lyc&eacute;e avaient &eacute;t&eacute; con&ccedil;us pour les seconds, et peuvent continuer &agrave; convenir pour la minorit&eacute; des nouveaux publics qui se r&eacute;v&egrave;lera en capacit&eacute; d&rsquo;&eacute;tudes prolong&eacute;es. Mais ne faut-il pas les adapter pour ceux qui ne continuent pas dans l&rsquo;enseignement g&eacute;n&eacute;ral, et constituent d&eacute;sormais la majorit&eacute; des coll&eacute;giens, en leur proposant un curriculum qui les pr&eacute;pare &agrave; la vie qui les attend, plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; une poursuite d&rsquo;&eacute;tudes qu&rsquo;ils n&rsquo;entreprendront pas&nbsp;?<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1974, l&rsquo;acc&egrave;s au coll&egrave;ge s&rsquo;&eacute;tant g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;, que Giscard d&rsquo;Estaing s&rsquo;interroge en ce sens sur &laquo;&nbsp;le savoir minimal&nbsp;&raquo; qui devrait correspondre &agrave; l&rsquo;obligation scolaire port&eacute;e &agrave; 16 ans. Apr&egrave;s Ren&eacute; Haby en 1975, il y revient en 1976 en demandant la d&eacute;finition d&rsquo;un &laquo;&nbsp;savoir commun&nbsp;&raquo; propre au coll&egrave;ge &laquo;&nbsp;pour tous&nbsp;&raquo;. En 1980 le &laquo;&nbsp;rapport Binon&nbsp;&raquo; constate que le &laquo;&nbsp;soutien&nbsp;&raquo; pr&eacute;vu pour les &eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute; n&rsquo;a pas suffi pour assurer &agrave; tous les coll&eacute;giens l&rsquo;acquisition d&rsquo;une &laquo;&nbsp;culture commune minimale&nbsp;&raquo; [11].<\/p>\n<p>La question va rebondir &agrave; gauche, tr&egrave;s peu de temps apr&egrave;s le recentrement du PS en 1983. Dans le contexte des deux d&eacute;cennies suivantes, marqu&eacute; par l&rsquo;essor du n&eacute;olib&eacute;ralisme, l&rsquo;effondrement des r&eacute;gimes est-europ&eacute;ens, l&rsquo;affaissement de tout espoir de changement social &agrave; court terme, les politiques en responsabilit&eacute; vont peser dans le m&ecirc;me sens, qu&rsquo;ils soient socialistes, centristes, de droite&nbsp;: celui de la d&eacute;finition effective d&rsquo;objectifs de fin d&rsquo;&eacute;tudes pour les &eacute;l&egrave;ves les plus faibles. C&rsquo;est Mitterrand qui commandite en 1984 un rapport au Coll&egrave;ge de France sur &laquo;&nbsp;l&rsquo;enseignement de l&rsquo;avenir&nbsp;&raquo;, Jospin qui relance la r&eacute;flexion sur les contenus pour la pr&eacute;paration de la loi de 1989, Bayrou qui demande &agrave; l&rsquo;Inspection G&eacute;n&eacute;rale ce qui sera le &laquo;&nbsp;Livre blanc des coll&egrave;ges&nbsp;&raquo;, dans lequel appara&icirc;t pour la premi&egrave;re fois en 1994 la notion de &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;&nbsp;; et c&rsquo;est l&rsquo;UMP qui, sous la pression des organismes internationaux, et estimant que le rapport des forces le lui permet, conclura l&rsquo;affaire en inscrivant le principe du socle commun dans la loi Fillon de 2005 et en pr&eacute;cisant son contenu l&rsquo;ann&eacute;e suivante. On ne voit pas qu&rsquo;il y ait jamais eu en ce domaine de conflit de fond entre la droite et la gauche socialiste, et la loi Peillon de 2013, qui valide de fait le principe du socle commun, se garde bien de rompre ce consensus.<\/p>\n<p>Le milieu des ann&eacute;es 1980 marque sans doute un tournant dans cette histoire. De Giscard d&rsquo;Estaing &agrave; Fillon, le souci de d&eacute;finir les acquisitions de base au terme de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;cole fondamentale&nbsp;&raquo; est une constante &agrave; droite. De Gaulle, d&eacute;j&agrave;, voulait &eacute;tablir entre coll&egrave;ge et lyc&eacute;e une barri&egrave;re que les nouveaux arrivants dans le secondaire pourraient difficilement franchir&nbsp;: il &eacute;tait d&egrave;s lors tout &agrave; fait logique de s&rsquo;inqui&eacute;ter du bagage avec lequel ils sortiraient du coll&egrave;ge. Pour ceux par contre qui, &agrave; gauche, accordaient quelque cr&eacute;dit &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;cole de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des chances&nbsp;&raquo;, a fortiori s&rsquo;ils estimaient que l&rsquo;&eacute;cole unique portait une bonne part des ambitions du Plan Langevin-Wallon, la d&eacute;finition d&rsquo;un minimum culturel ne pouvait pas ne pas para&icirc;tre amputer les potentialit&eacute;s d&eacute;mocratiques d&rsquo;une &eacute;cole unifi&eacute;e. Ce n&rsquo;est pas un hasard si c&rsquo;est en 1984\/85, avec l&rsquo;affaire du rapport du Coll&egrave;ge de France, que la gauche socialiste commence &agrave; reprendre &agrave; son compte la th&eacute;matique du SMIC culturel. Elle a renonc&eacute;, avec &laquo;&nbsp;le tournant de la rigueur&nbsp;&raquo; de 1983, &agrave; transformer la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;: pourquoi s&rsquo;acharnerait-elle d&egrave;s lors &agrave; d&eacute;mocratiser le syst&egrave;me &eacute;ducatif&nbsp;?<\/p>\n<p><i>Du c&ocirc;t&eacute; des experts de l&rsquo;&eacute;cole&nbsp;: un ralliement progressif<\/i><\/p>\n<p>Le milieu des ann&eacute;es 1980 marque aussi le d&eacute;but de l&rsquo;implication, dans la promotion de cette th&eacute;matique du minimum culturel, de quelques chercheurs dont l&rsquo;intervention aura un retentissement non n&eacute;gligeable. Ils seront rejoints dans la d&eacute;cennie suivante par des repr&eacute;sentants connus de la &laquo;&nbsp;noosph&egrave;re p&eacute;dagogique&nbsp;&raquo;, dont la contribution est indispensable &agrave; toute r&eacute;forme scolaire. La mobilisation des uns et des autres favorise l&rsquo;introduction puis la mont&eacute;e en puissance du th&egrave;me de la formation des comp&eacute;tences, d&eacute;sormais accol&eacute; &agrave; celui du bagage minimum.<\/p>\n<p>Les prises de position de ces intellectuels experts laissent appara&icirc;tre &agrave; l&rsquo;examen, on va le voir, la conviction implicite qu&rsquo;un taux d&rsquo;&eacute;chec important dans l&rsquo;appropriation des connaissances de la culture &eacute;crite est in&eacute;luctable. Marqu&eacute;s &agrave; gauche, nombre d&rsquo;entre eux ont pourtant pris parti dans les d&eacute;cennies pr&eacute;c&eacute;dentes pour une v&eacute;ritable d&eacute;mocratisation de l&rsquo;&eacute;cole, tels Bourdieu opposant l&rsquo;exigence d&rsquo;une p&eacute;dagogie &laquo;&nbsp;rationnelle&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;explicite&nbsp;&raquo; &agrave; la complicit&eacute; de l&rsquo;institution scolaire avec la domination de classe, ou Baudelot et Establet s&rsquo;en prenant aux fondements m&ecirc;mes de l&rsquo;&eacute;cole capitaliste en France [12]. Peut-&ecirc;tre faut-il voir dans leur &eacute;volution le double effet d&rsquo;une conjoncture historique o&ugrave; refluent les id&eacute;es de la transformation sociale, et du constat que l&rsquo;instauration de l&rsquo;&eacute;cole unique, et la r&eacute;novation p&eacute;dagogique qui s&rsquo;ensuivit, n&rsquo;ont pas r&eacute;ussi &agrave; r&eacute;sorber l&rsquo;&eacute;chec scolaire dans les milieux populaires [13].<\/p>\n<p>Pour ce qui est en tout cas du ralliement en masse des experts en p&eacute;dagogie au principe d&rsquo;un socle de comp&eacute;tences pour les &eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute;, &agrave; partir de la fin des ann&eacute;es 1990, l&rsquo;hypoth&egrave;se de la planche de salut est tr&egrave;s suggestive. Ce sont leurs id&eacute;es qui ont pr&eacute;sid&eacute; &agrave; la modernisation des dispositifs et des pratiques d&rsquo;enseignement des ann&eacute;es 1970\/80, et qui continuent d&rsquo;&ecirc;tre transmises dans les IUFM.&nbsp;La persistance d&rsquo;une proportion significative d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves en &eacute;chec ne devrait-elle pas conduire &agrave; r&eacute;examiner leurs id&eacute;es et interroger leur expertise&nbsp;? La seule mani&egrave;re d&rsquo;&eacute;viter d&rsquo;avoir &agrave; poser la question est de consid&eacute;rer que les &eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute; le sont en quelque sorte in&eacute;vitablement, et de centrer d&eacute;sormais l&rsquo;attention sur la meilleure fa&ccedil;on de les pr&eacute;parer &agrave; la vie qui les attend [14].<\/p>\n<p><i>Les propositions du Coll&egrave;ge de France <\/i><\/p>\n<p>L&rsquo;&eacute;pisode de la commande par Mitterrand au Coll&egrave;ge de France, en 1984, du rapport qui para&icirc;tra l&rsquo;ann&eacute;e suivante sous le titre &laquo;&nbsp;Propositions pour l&rsquo;enseignement de l&rsquo;avenir&nbsp;&raquo;, a certainement jou&eacute; un r&ocirc;le crucial, au moins &agrave; terme, dans le processus qui nous int&eacute;resse. A suivre l&rsquo;historiographie pr&eacute;cise dress&eacute;e par P. Cl&eacute;ment, cette commande aurait &eacute;t&eacute; sugg&eacute;r&eacute;e par Pierre Bourdieu lui-m&ecirc;me&nbsp;[15]. Celui-ci va organiser les d&eacute;bats au sein du CdF &agrave; partir d&rsquo;un texte initial qui incrimine le caract&egrave;re arbitraire et l&rsquo;obsolescence des contenus d&rsquo;enseignement, et avance en regard six principes devant assurer l&rsquo;actualisation permanente des programmes et r&eacute;duire l&rsquo;arbitraire des contenus en invitant les &eacute;l&egrave;ves &agrave; en mesurer la relativit&eacute; culturelle. Ce sont les discussions (le texte conna&icirc;tra quatre versions successives), et la pression d&rsquo;enseignants visiblement proches des th&eacute;matiques habituelles de la droite, qui am&egrave;neront Bourdieu, soucieux d&rsquo;obtenir un consensus qu&rsquo;il consid&egrave;re comme la condition du succ&egrave;s de l&rsquo;entreprise, &agrave; introduire dans le texte deux points absents au d&eacute;part&nbsp;: l&rsquo;autonomie des &eacute;tablissements (donn&eacute;e pour favorable &agrave; l&rsquo;indispensable &laquo;&nbsp;pluralisme culturel&nbsp;&raquo;)&nbsp;[16]&nbsp;; et le &laquo;&nbsp;minimum culturel commun&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Ce second point n&rsquo;est pas d&rsquo;abord &eacute;voqu&eacute; pour lui-m&ecirc;me, il &eacute;merge par le biais de la discussion sur les contenus. Pour lutter contre l&rsquo;obsolescence rapide de ces derniers, plut&ocirc;t que de les actualiser en permanence, ne vaut-il pas mieux apprendre &agrave; apprendre&nbsp;? Mais se pose alors la question du minimum &agrave; acqu&eacute;rir, &agrave; partir de quoi on peut apprendre par soi-m&ecirc;me&nbsp;: comment le d&eacute;finir&nbsp;? Le d&eacute;bat sur le pluralisme culturel ram&egrave;ne lui aussi &agrave; cette m&ecirc;me question. Vouloir le pluralisme, c&rsquo;est revendiquer une &eacute;gale dignit&eacute; des diff&eacute;rentes orientations scolaires et donc lutter contre la stigmatisation des &eacute;l&egrave;ves faibles. Le risque encouru, cependant, est d&rsquo;aboutir &agrave; l&rsquo;&eacute;clatement du syst&egrave;me &eacute;ducatif, sauf &agrave; d&eacute;finir&hellip; &laquo;&nbsp;un noyau d&rsquo;enseignements fondamentaux et obligatoires&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Si la premi&egrave;re r&eacute;daction de Bourdieu manifestait une forte pr&eacute;occupation de d&eacute;fense du caract&egrave;re scientifique des contenus scolaires, la version finale du rapport plaide pour le dynamitage du cadre des disciplines, au profit de la transmission d&rsquo;un &laquo;&nbsp;minimum culturel commun&nbsp;&raquo; cens&eacute; &laquo;&nbsp;apprendre &agrave; apprendre&nbsp;&raquo; (sans qu&rsquo;on en sache gu&egrave;re plus sur sa consistance). Cette transmutation des esp&egrave;ces n&rsquo;emp&ecirc;chera pas Bourdieu d&rsquo;assumer, apparemment sans probl&egrave;me particulier, le r&eacute;sultat final. Si bien que quatre ans apr&egrave;s (en 1989), le rapport &laquo;&nbsp;Bourdieu-Gros&nbsp;&raquo; r&eacute;dig&eacute; &agrave; la demande de L. Jospin est plac&eacute; sous le signe de l&rsquo;&laquo;&nbsp;apprendre moins pour apprendre mieux&nbsp;&raquo; et de la critique de l&rsquo;organisation disciplinaire des programmes, Bourdieu se d&eacute;clarant convaincu, dans une lettre &agrave; Cl. All&egrave;gre, &laquo;&nbsp;qu&rsquo;un des principes majeurs du renouveau du contenu et des m&eacute;thodes d&rsquo;enseignement consiste dans la mise en cause des disciplines&nbsp;&raquo;&nbsp;[17].<\/p>\n<p>Tout cet &eacute;pisode, au bout du compte, ne s&rsquo;&eacute;claire vraiment qu&rsquo;en regard d&rsquo;un postulat de base, qui ne sera semble-t-il jamais explicit&eacute; ni a fortiori mis en d&eacute;bat&nbsp;: celui de la naturalisation de flux scolaires admettant une large proportion d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves en &eacute;chec. Ce sont eux que vise, pour une grande part, les propositions du CdF. Ainsi l&rsquo;obsolescence de certains savoirs ne remet pas en cause par elle-m&ecirc;me la structuration disciplinaire des programmes&nbsp;: y faire face par la formation de comp&eacute;tences transversales, par la transmission d&rsquo;un minimum suppos&eacute; conf&eacute;rer une capacit&eacute; &agrave; apprendre par soi-m&ecirc;me, ne s&rsquo;impose qu&rsquo;au regard de formations courtes, assur&eacute;es pour le moins&hellip; de ne pas d&eacute;boucher sur le Coll&egrave;ge de France, dont les membres tiennent &agrave; leur discipline (et qui n&rsquo;ignorent pas non plus que les savoirs disciplinaires restent indispensables dans les emplois qualifi&eacute;s). La chose est encore plus claire dans le d&eacute;bat sur le pluralisme culturel, qui inaugure sous ce noble euph&eacute;misme un discours destin&eacute; &agrave; une grande fortune&nbsp;: les p&eacute;dagogies douces et l&rsquo;ouverture sur la vie pour les uns, les excellences culturelles anciennes pour les autres, et une &eacute;gale dignit&eacute; pour tous, sanctionn&eacute;e par l&rsquo;acc&egrave;s au &laquo;&nbsp;minimum culturel commun&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p><i>Chercheurs et p&eacute;dagogues<\/i><\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1989, l&rsquo;ann&eacute;e du rapport &laquo;&nbsp;Bourdieu-Gros&nbsp;&raquo;, que para&icirc;t le petit livre de Christian Baudelot et Roger Establet, <i>Le Niveau monte<\/i>, qui devant son succ&egrave;s sera r&eacute;&eacute;dit&eacute; en poche d&egrave;s l&rsquo;ann&eacute;e suivante&nbsp;[18]. Pol&eacute;mique efficace &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;antienne &eacute;litiste d&eacute;plorant la baisse du &laquo;&nbsp;niveau&nbsp;&raquo; des &eacute;l&egrave;ves, l&rsquo;ouvrage s&rsquo;attache &agrave; d&eacute;montrer la hausse r&eacute;elle de ce dernier, tout en soulignant que les &eacute;carts s&rsquo;accroissent en m&ecirc;me temps. Aussi les auteurs se pr&eacute;occupent-ils logiquement de ceux qui restent &agrave; la tra&icirc;ne, et se prononcent en conclusion en faveur d&rsquo;un &laquo;&nbsp;SMIC culturel&nbsp;&raquo;&nbsp;: &laquo;&nbsp;Quel est le bagage minimum que doit poss&eacute;der &agrave; la sortie de l&rsquo;&eacute;cole le plus mauvais &eacute;l&egrave;ve du plus mauvais des coll&egrave;ges&nbsp;? Telle est la question&nbsp;&raquo; (p. 195). La d&eacute;finition d&rsquo;un &laquo;&nbsp;savoir minimum garanti&nbsp;&raquo; serait &laquo;&nbsp;comme une reconnaissance des droits des plus faibles dans un univers r&eacute;gi par la loi du plus fort&nbsp;&raquo; (p. 196).<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Telle est la question&nbsp;&raquo;&hellip; Des ann&eacute;es 1920 aux ann&eacute;es 1960, &laquo;&nbsp;La&nbsp;&raquo; question centrale concernait l&rsquo;unification du syst&egrave;me scolaire, et elle &eacute;tait pos&eacute;e de gauche dans une perspective de justice sociale, puis de droite avec un souci d&rsquo;efficacit&eacute; de l&rsquo;investissement &eacute;ducatif. &Agrave; partir de la seconde moiti&eacute; des ann&eacute;es 1980, dans le cadre cette fois-ci de l&rsquo;&eacute;cole unique, c&rsquo;est donc la question du minimum culturel commun qui va monter en puissance, et devenir &agrave; son tour &laquo;&nbsp;La&nbsp;&raquo; question, &laquo;&nbsp;Le&nbsp;&raquo; probl&egrave;me &agrave; r&eacute;soudre du syst&egrave;me &eacute;ducatif. Soulign&eacute;e d&rsquo;abord par la droite, l&rsquo;exigence d&rsquo;une solution est reprise et valid&eacute;e &agrave; gauche de fa&ccedil;on retentissante par des chercheurs, Bourdieu, Baudelot, Establet, dont la qualit&eacute; intellectuelle et l&rsquo;&eacute;thique progressiste sont bien &eacute;tablies.<\/p>\n<p>D&rsquo;aucuns de leurs coll&egrave;gues viendront contribuer, dans la p&eacute;riode suivante, &agrave; faire valoir le caract&egrave;re central et d&eacute;cisif de cette exigence. Et leurs propos &agrave; cet &eacute;gard seront d&rsquo;autant mieux entendus que les difficult&eacute;s des coll&egrave;ges et les comportements de rejet de l&rsquo;&eacute;cole se multiplient dans les quartiers populaires, et viennent rappeler le caract&egrave;re insupportable de l&rsquo;&eacute;chec scolaire. C&rsquo;est le cas de Fran&ccedil;ois Dubet, qui souligne dans un rapport de 1999 que &laquo;&nbsp;le coll&egrave;ge doit mieux d&eacute;finir les savoirs et les comp&eacute;tences qu&rsquo;il peut attendre de tous&nbsp;&raquo;&nbsp;[19]&nbsp;; et qui n&rsquo;a de cesse, depuis lors, de d&eacute;noncer une conception du coll&egrave;ge qui le d&eacute;finit unilat&eacute;ralement comme &laquo;&nbsp;antichambre du lyc&eacute;e&nbsp;&raquo;&nbsp;[20]. C&rsquo;est aussi le cas de l&rsquo;historien Claude Leli&egrave;vre, qui reprendra cette th&eacute;matique dans les ann&eacute;es 2000&nbsp;[21].<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans les ann&eacute;es 1990 que les p&eacute;dagogues s&rsquo;invitent dans le d&eacute;bat en interrogeant plus particuli&egrave;rement pour leur part, sp&eacute;cialisation professionnelle oblige, ce que pourraient &ecirc;tre les contenus du minimum culturel commun. Ils d&eacute;velopperont la th&egrave;se que ce dont ont besoin les &eacute;l&egrave;ves qui n&rsquo;arrivent pas &agrave; suivre le cursus g&eacute;n&eacute;ral, autant que de connaissances de base, c&rsquo;est de former des &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; qui risquent, si l&rsquo;&eacute;cole fondamentale ne les prend pas en charge, de ne pas se former &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte. Ce sont eux &eacute;galement qui souligneront que la conversion de l&rsquo;&eacute;cole &agrave; la formation des comp&eacute;tences implique in&eacute;vitablement une transformation des pratiques d&rsquo;enseignement par l&rsquo;adoption du principe constructiviste et des p&eacute;dagogies actives&nbsp;: les comp&eacute;tences en effet ne s&rsquo;enseignent pas, elles ne s&rsquo;inculquent pas, elles ne peuvent se former que dans la confrontation des int&eacute;ress&eacute;s &agrave; des situations-probl&egrave;mes, confrontation dans laquelle la position du ma&icirc;tre n&rsquo;a plus rien &agrave; voir avec celle de l&rsquo;enseignement magistral, et tout &agrave; voir avec les pr&eacute;conisations qui ont pr&eacute;sid&eacute; &agrave; la modernisation p&eacute;dagogique de notre syst&egrave;me &eacute;ducatif.<\/p>\n<p>D&eacute;fendre ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler &laquo;&nbsp;l&rsquo;approche par comp&eacute;tence&nbsp;&raquo; comporte ainsi une double cons&eacute;quence. En proposant une solution au probl&egrave;me, sa promotion permet de faire l&rsquo;&eacute;conomie de l&rsquo;examen des raisons pour lesquelles les r&eacute;formes p&eacute;dagogiques des ann&eacute;es 1970\/80 ont rencontr&eacute; de telles limites d&rsquo;efficacit&eacute;, et laiss&eacute; en plan tant d&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;l&egrave;ves-en-difficult&eacute;&nbsp;&raquo;. Et non seulement elle d&eacute;tourne ainsi l&rsquo;attention et &eacute;vite d&rsquo;interroger ces r&eacute;formes, mais elle r&eacute;active leurs principes, en adossant d&eacute;sormais ces derniers aux exigences de la formation des comp&eacute;tences.<\/p>\n<p>Les travaux de Philippe Perrenoud, pour ce qui est des productions en langue fran&ccedil;aise, sont tout &agrave; fait exemplaires de cette d&eacute;marche&nbsp;[22].<\/p>\n<p><i>La cristallisation du consensus dans les ann&eacute;es 2000<\/i><\/p>\n<p>Une lign&eacute;e de chercheurs et p&eacute;dagogues, s&rsquo;affichant tous partisans d&rsquo;une &eacute;cole socialement juste, ont ainsi donn&eacute;, de 1985 aux premi&egrave;res ann&eacute;es 2000, une coloration progressiste aux th&eacute;matiques conjointes du minimum culturel et d&rsquo;une formation de comp&eacute;tences d&eacute;barrass&eacute;e du carcan de l&rsquo;organisation disciplinaire des savoirs. C&rsquo;est au long de la premi&egrave;re d&eacute;cennie de ce si&egrave;cle que le consensus entre les deux grandes formations politiques fran&ccedil;aises, l&rsquo;UMP et le PS, va prendre forme &agrave; ce sujet. Cette double th&eacute;matique va &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute;e dans leurs programmes respectifs, consid&eacute;r&eacute;e effectivement comme &laquo;&nbsp;La&nbsp;&raquo; r&eacute;ponse &agrave; la question scolaire, et plac&eacute;e au c&oelig;ur de leur action au gouvernement, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse en 2005\/2006 de la loi Fillon et de ses suites imm&eacute;diates, ou en 2013 de la loi Peillon.<\/p>\n<p>Ce consensus est politique, et il est implicitement valid&eacute; &agrave; cet &eacute;gard d&egrave;s l&rsquo;an 2000, quand le gouvernement Jospin donne son acquiescement &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;agenda de Lisbonne&nbsp;&raquo;. Cet acquiescement s&rsquo;inscrit dans le contexte historique de ralliement id&eacute;ologique de la direction du PS au lib&eacute;ralisme &eacute;conomique, pour lequel il va de soi que l&rsquo;&eacute;ducation des jeunes g&eacute;n&eacute;rations est d&rsquo;abord une affaire de constitution de capital humain et doit essentiellement viser l&rsquo;employabilit&eacute;, &agrave; la sortie de l&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur comme pour les &eacute;l&egrave;ves-en-difficult&eacute;. Et ne s&rsquo;agit-il pas, avec la conception europ&eacute;enne de l&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;conomie de la connaissance&nbsp;&raquo;, de promouvoir, dans l&rsquo;&eacute;cole comme dans l&rsquo;entreprise, l&rsquo;individualisation des comp&eacute;tences de l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve et du salari&eacute;, oppos&eacute;e &agrave; l&rsquo;appropriation commune respective du savoir et de la qualification&nbsp;? D&rsquo;autant qu&rsquo;en insistant sur le th&egrave;me de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve au centre&nbsp;&raquo;, la loi d&rsquo;orientation dudit Jospin ouvrait la voie d&egrave;s 1989 &agrave; une telle promotion&hellip;<\/p>\n<p>Encore restait-t-il &agrave; rendre ce consensus h&eacute;g&eacute;monique. C&rsquo;est la t&acirc;che &agrave; laquelle va s&rsquo;atteler la Ligue de l&rsquo;enseignement, proche du PS, qui lance en 2000 une r&eacute;flexion nationale sur le th&egrave;me &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;cole que nous voulons&nbsp;&raquo;&nbsp;: notre syst&egrave;me &eacute;ducatif va mal, &laquo;&nbsp;il est urgent de lui redonner sens, par sa transformation et sa refondation&nbsp;&raquo;&nbsp;[23]. Cette r&eacute;flexion d&eacute;bouche en 2005 sur l&rsquo;adoption d&rsquo;un projet intitul&eacute;&nbsp;: &laquo;&nbsp;Refonder l&rsquo;&eacute;cole, pour qu&rsquo;elle soit celle de tous&nbsp;&raquo;. Deux des th&egrave;mes mis en avant manifestent une forte proximit&eacute; avec les orientations de la loi Fillon adopt&eacute;e la m&ecirc;me ann&eacute;e&nbsp;: l&rsquo;autonomie et la contractualisation des &eacute;tablissements, et surtout la mise en &oelig;uvre d&rsquo;un socle commun, ou &laquo;&nbsp;noyau fondamental de savoirs, de comp&eacute;tences et connaissances, v&eacute;ritable bo&icirc;te &agrave; outils, d&eacute;finie comme culture commune de r&eacute;f&eacute;rence et assise indispensable &agrave; tout perfectionnement&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>C&rsquo;est &agrave; partir de ce projet de 2005 que va se d&eacute;velopper tout un travail visant &agrave; donner de la chair aux grandes orientations de la refondation de l&rsquo;&eacute;cole, et associant une n&eacute;buleuse d&rsquo;associations p&eacute;dagogiques et politico-p&eacute;dagogiques, tels le club Alain Savary, l&rsquo;association &laquo;&nbsp;&Eacute;ducation et devenir&nbsp;&raquo;, l&rsquo;APFEE, le &laquo;&nbsp;R&eacute;seau des villes &eacute;ducatrices&nbsp;&raquo;, etc. Ce travail d&eacute;bouchera &agrave; son tour, en 2010, sur l&rsquo;Appel de Bobigny, dont l&rsquo;audience sera tr&egrave;s large &agrave; gauche en &eacute;largissant le cercle des mouvements p&eacute;dagogiques signataires et en obtenant, au prix d&rsquo;une euph&eacute;misation faisant dispara&icirc;tre la notion de &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;, l&rsquo;adh&eacute;sion de la FSU et de maires &eacute;cologistes et communistes aux c&ocirc;t&eacute;s des maires socialistes.<\/p>\n<p>Ce m&ecirc;me travail nourrira &eacute;galement l&rsquo;&eacute;laboration du programme scolaire du PS en 2011. Celui-ci prend acte des &eacute;l&eacute;ments de la &laquo;&nbsp;crise&nbsp;&raquo; du syst&egrave;me &eacute;ducatif que le d&eacute;bat public a mis en relief dans les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes, s&rsquo;agissant tout particuli&egrave;rement de l&rsquo;insuffisante efficacit&eacute; des &laquo;&nbsp;apprentissages fondamentaux&nbsp;&raquo;, soulignant ainsi la n&eacute;cessit&eacute; de restaurer les ressources de l&rsquo;enseignement &eacute;l&eacute;mentaire. Les solutions propos&eacute;es restent pour l&rsquo;essentiel toutefois dans la lign&eacute;e de la politique mise en &oelig;uvre par la droite&nbsp;: le socle commun, l&rsquo;autonomie des &eacute;tablissements, l&rsquo;organisation g&eacute;n&eacute;rale du syst&egrave;me en deux grandes parties&nbsp;: l&rsquo;&eacute;cole du socle commun ( continuit&eacute; &eacute;cole-coll&egrave;ge) d&rsquo;une part, la poursuite d&rsquo;&eacute;tudes en voies diff&eacute;renci&eacute;es, (courtes ou longues sur le mod&egrave;le actuel inchang&eacute;) en am&eacute;liorant la continuit&eacute; Lyc&eacute;e &ndash;Universit&eacute;s d&rsquo;autre part&hellip;&nbsp;[24].<\/p>\n<h3>La vis&eacute;e du socle et ses impasses<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" data-mce-=\"\" height=\"128\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L104xH128\/Image_22-5212c.png\" width=\"104\" \/><\/p>\n<p><i>Des savoirs aux comp&eacute;tences&nbsp;?<\/i><\/p>\n<p>&Agrave; l&rsquo;enseigne de &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;cole de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des chances&nbsp;&raquo;, les politiques scolaires successivement mises en &oelig;uvre sous la V&egrave;me R&eacute;publique ont toujours eu pour horizon une in&eacute;galit&eacute; r&eacute;elle d&rsquo;acc&egrave;s aux savoirs enseign&eacute;s. Inspir&eacute;e de l&rsquo;Agenda de Lisbonne, la loi Fillon ne d&eacute;roge pas &agrave; la r&egrave;gle inaugur&eacute;e par la r&eacute;forme Berthoin. Ce qui a chang&eacute; en un demi-si&egrave;cle (1959\/2005-2006), c&rsquo;est l&rsquo;intention g&eacute;n&eacute;rale d&eacute;sormais de penser les contenus d&rsquo;enseignement en termes de formation autant que d&rsquo;&eacute;ducation&nbsp;; et dans ce cadre, la double volont&eacute;&nbsp;: de fixer un bagage minimum &eacute;valuable pour les scolarit&eacute;s les plus courtes&nbsp;; et d&rsquo;en d&eacute;finir le contenu en termes de &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; permettant notamment aux int&eacute;ress&eacute;s d&rsquo;agir le plus efficacement possible dans les emplois les moins qualifi&eacute;s.<\/p>\n<p>Assigner &agrave; l&rsquo;&eacute;cole la mission de former des comp&eacute;tences revient &agrave; affirmer la l&eacute;gitimit&eacute; de son pilotage par l&rsquo;aval, par les besoins de la vie professionnelle, familiale ou citoyenne. C&rsquo;est la logique qui gouverne de longue date l&rsquo;enseignement professionnel dont il para&icirc;t naturel, sachant sa vocation affich&eacute;e, qu&rsquo;il d&eacute;finisse des r&eacute;f&eacute;rentiels d&rsquo;activit&eacute; et, en regard, une liste de &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; &agrave; acqu&eacute;rir &ndash; une &laquo;&nbsp;comp&eacute;tence&nbsp;&raquo; d&eacute;signant un savoir agir dans une famille de situations, pour suivre Philippe Perrenoud&nbsp;[25]. Il ne va pas de soi que l&rsquo;enseignement g&eacute;n&eacute;ral soit soumis &agrave; cette m&ecirc;me logique, puisque celui-ci a vocation &agrave; transmettre un patrimoine de savoirs &eacute;labor&eacute;s qui ont une coh&eacute;rence propre, et qui sont donc dot&eacute;es de leur propre logique d&rsquo;exposition et d&rsquo;appr&eacute;hension. L&rsquo;ordre de la connaissance n&rsquo;est pas celui de l&rsquo;utilit&eacute; pratique.<\/p>\n<p>La red&eacute;finition des objectifs et des contenus de l&rsquo;enseignement g&eacute;n&eacute;ral en termes de comp&eacute;tences &agrave; acqu&eacute;rir n&rsquo;en est pas moins &agrave; l&rsquo;ordre du jour de l&rsquo;&eacute;cole fran&ccedil;aise depuis la fin des ann&eacute;es 1980&nbsp;[26]. Les partisans de cette red&eacute;finition, ou en tout cas certains d&rsquo;entre eux, contestent qu&rsquo;il y ait l&agrave; quelque difficult&eacute;. Puisque en effet &laquo;&nbsp;les savoirs accumul&eacute;s par l&rsquo;humanit&eacute; ont toujours &eacute;t&eacute; construits pour r&eacute;pondre &agrave; des probl&egrave;mes&nbsp;&raquo;, argumente ainsi Bernard Rey, rien n&rsquo;interdit d&rsquo;affirmer que &laquo;&nbsp;le savoir doit &ecirc;tre acquis sous la forme de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le savoir vaut par ce qu&rsquo;il permet de faire et c&rsquo;est sous cette forme qu&rsquo;il peut provoquer, chez les &eacute;l&egrave;ves, le d&eacute;sir de l&rsquo;acqu&eacute;rir, et chez l&rsquo;enseignant, le plaisir de le faire partager&nbsp;&raquo;&nbsp;[27].<\/p>\n<p>Cet argument para&icirc;t cependant contourner l&rsquo;obstacle plut&ocirc;t que le surmonter r&eacute;ellement. Pour au moins deux raisons. On observera d&rsquo;abord que les &laquo;&nbsp;probl&egrave;mes&nbsp;&raquo; qui ont &eacute;t&eacute; historiquement &agrave; la source de nouveaux savoirs sont tr&egrave;s souvent des probl&egrave;mes d&rsquo;ordre proprement sp&eacute;culatif (on veut conna&icirc;tre pour savoir et comprendre), et tr&egrave;s partiellement des enjeux imm&eacute;diats de la vie pratique. Et cela est vrai d&eacute;j&agrave; dans les soci&eacute;t&eacute;s de tradition orale, comme le soulignait L&eacute;vi-Strauss&nbsp;: &laquo;&nbsp;Cet app&eacute;tit de connaissances objectives constitue un des aspects les plus n&eacute;glig&eacute;s de la pens&eacute;e de ceux que nous nommons &lsquo;primitifs&rsquo;&nbsp;&raquo;. Pour eux &laquo;&nbsp;l&rsquo;univers est objet de pens&eacute;e, au moins autant que moyen de satisfaire des besoins&nbsp;&raquo;&nbsp;[28]. Et, bien s&ucirc;r, ce qui est vrai ici l&rsquo;est a fortiori des cultures &eacute;crites o&ugrave;, dans l&rsquo;&eacute;laboration des savoirs &agrave; vis&eacute;e savante, &laquo;&nbsp;le r&eacute;el imm&eacute;diat est un simple pr&eacute;texte de pens&eacute;e scientifique et non plus un objet de connaissance&nbsp;&raquo;&nbsp;[29]. La solution des probl&egrave;mes pratiques intervient le plus souvent en aval de la production des connaissances, sous la forme de retomb&eacute;es utiles, plut&ocirc;t qu&rsquo;en amont. La cons&eacute;quence p&eacute;dagogique de cet &eacute;tat de fait va de soi&nbsp;: l&rsquo;appropriation des savoirs suivant leur logique propre (laquelle donne &agrave; comprendre les probl&egrave;mes th&eacute;oriques auxquels ils r&eacute;pondent) est un pr&eacute;alable &agrave; la formation des comp&eacute;tences et &agrave; une confrontation efficace avec les probl&egrave;mes pratiques aff&eacute;rents.<\/p>\n<p>Une seconde raison vient encore r&eacute;duire la port&eacute;e de la rh&eacute;torique de B. Rey. M&ecirc;me quand il est possible de r&eacute;f&eacute;rer la production d&rsquo;une connaissance au besoin pratique, il n&rsquo;est pas du tout &eacute;vident pour autant de pouvoir enseigner cette connaissance en la r&eacute;f&eacute;rant &agrave; ce besoin. En effet l&rsquo;ordre d&rsquo;investigation, qui a conduit &agrave; telle d&eacute;couverte, est une chose, dont il convient toujours de diff&eacute;rencier l&rsquo;ordre d&rsquo;exposition, qui rend cette d&eacute;couverte intelligible au lecteur en fournissant ses attendus et ses indices de pertinence. S&rsquo;il est toujours utile, au plan p&eacute;dagogique, d&rsquo;&eacute;clairer les &eacute;l&egrave;ves sur les circonstances historiques d&rsquo;une d&eacute;couverte, on comprend qu&rsquo;ils ne pourront s&rsquo;en approprier la sp&eacute;cificit&eacute; et en mesurer la port&eacute;e que si l&rsquo;enseignement respecte, lui aussi, l&rsquo;ordre d&rsquo;exposition. S&rsquo;il leur rend intelligible, autrement dit, la fa&ccedil;on dont l&rsquo;auteur de la d&eacute;couverte a abord&eacute; la question &agrave; partir de son bagage de connaissance et du point de vue sous lequel il l&rsquo;a interrog&eacute;e. La solution du probl&egrave;me pratique a suppos&eacute; que celui-ci soit d&rsquo;abord transform&eacute; en objet de connaissance dans un processus mental qui peut rester implicite pour le chercheur lui-m&ecirc;me, mais dont l&rsquo;appr&eacute;hension est incontournable pour qui veut s&rsquo;approprier &agrave; son tour cette solution&nbsp;[30].<\/p>\n<p>Qu&rsquo;une connaissance s&rsquo;origine d&rsquo;un probl&egrave;me sp&eacute;culatif ou du besoin pratique, on voit qu&rsquo;elle ne peut jamais &ecirc;tre propos&eacute;e &agrave; l&rsquo;appropriation des &eacute;l&egrave;ves en dehors d&rsquo;un apprentissage progressif et syst&eacute;matique du domaine de savoir concern&eacute;. Affirmer que &laquo;&nbsp;le savoir doit &ecirc;tre acquis sous la forme de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; laisse perplexe &agrave; cet &eacute;gard, et ne semble pas de nature &agrave; r&eacute;soudre le probl&egrave;me pos&eacute; par l&rsquo;articulation savoirs\/comp&eacute;tences. Et les propositions connexes de B. Rey apparaissent tout aussi discutables. &laquo;&nbsp;Le savoir vaut par ce qu&rsquo;il permet de faire&nbsp;&raquo;&nbsp;? Cet utilitarisme est contredit par toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute;, qui a toujours attribu&eacute; au savoir une valeur propre, irr&eacute;ductible &agrave; l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de ses retomb&eacute;es pratiques. &laquo;&nbsp;C&rsquo;est sous cette forme qu&rsquo;il peut provoquer, chez les &eacute;l&egrave;ves, le d&eacute;sir de l&rsquo;acqu&eacute;rir&nbsp;&raquo;&nbsp;? Voil&agrave; qui sonne comme un constat d&rsquo;&eacute;chec p&eacute;dagogique&nbsp;: la qu&ecirc;te d&rsquo;une motivation extrins&egrave;que &agrave; l&rsquo;acte d&rsquo;apprentissage ne prend sens que l&agrave; o&ugrave; le d&eacute;sir de conna&icirc;tre et le plaisir d&rsquo;apprendre ont disparu.<\/p>\n<p><i>La formation des comp&eacute;tences, une ambition d&eacute;mocratique&nbsp;?<\/i><\/p>\n<p>Que l&rsquo;accent soit mis sur la transmission d&rsquo;un bagage minimum ou sur la formation des comp&eacute;tences, les tenants du socle commun qui se r&eacute;clament de la gauche ont souvent le souci d&rsquo;une justification &eacute;thique. La politique du socle commun est ainsi r&eacute;guli&egrave;rement identifi&eacute;e &agrave; un objectif de justice sociale, Claude Leli&egrave;vre allant ainsi en ce sens jusqu&rsquo;&agrave; reconna&icirc;tre des vertus progressistes au pr&eacute;sident Giscard d&rsquo;Estaing&nbsp;[31]. S&rsquo;agissant plus sp&eacute;cifiquement de la formation des comp&eacute;tences (FDC), c&rsquo;est sans doute chez Philippe Perrenoud que l&rsquo;effort de l&eacute;gitimation est le plus explicitement d&eacute;velopp&eacute;&nbsp;[32].<\/p>\n<p>Chez cet auteur, une &laquo;&nbsp;comp&eacute;tence&nbsp;&raquo; permet de mobiliser des &laquo;&nbsp;connaissances-ressources&nbsp;&raquo; pour affronter diff&eacute;rentes situations. Elle permet &agrave; la fois de dominer tr&egrave;s rapidement les situations courantes, et de s&rsquo;adapter relativement vite &agrave; des situations in&eacute;dites. Plus complexe et ouvert qu&rsquo;un savoir faire, c&rsquo;est plut&ocirc;t un &laquo;&nbsp;savoir y faire&nbsp;&raquo;, qui permet de faire face &agrave; une famille de situations.<\/p>\n<p>La formation des comp&eacute;tences &agrave; l&rsquo;&eacute;cole int&eacute;resse surtout les &eacute;l&egrave;ves en &eacute;chec dans l&rsquo;apprentissages des savoirs&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ceux que l&rsquo;&eacute;cole devrait mieux pr&eacute;parer &agrave; la vie sont ceux qui sortiront du syst&egrave;me &eacute;ducatif sans avoir acquis le niveau de culture suffisant pour apprendre facilement &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte ce qu&rsquo;ils n&rsquo;auront pas acquis &agrave; l&rsquo;&eacute;cole obligatoire&nbsp;&raquo;&nbsp;[33]. La FDC consiste &agrave; pr&eacute;parer les enfants des classes populaires, concern&eacute;s au premier chef, aux r&eacute;quisits de leur situation professionnelle et aux besoins de leur vie quotidienne. Elle appara&icirc;t de ce fait, aux yeux de Perrenoud, au c&oelig;ur de la lutte contre l&rsquo;&eacute;chec et pour la d&eacute;mocratisation scolaire.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;&eacute;cole ne prend pas la FDC en charge, et que les programmes scolaires restent trop exclusivement finalis&eacute;s par la poursuite d&rsquo;&eacute;tudes dont les plus longues ne concernent en fait qu&rsquo;une minorit&eacute; privil&eacute;gi&eacute;e, ceux qui passeront &agrave; c&ocirc;t&eacute; des savoirs ne b&eacute;n&eacute;ficieront pas non plus de la pr&eacute;paration &agrave; la vie &agrave; laquelle ils ont droit.<\/p>\n<p>En ce sens la question des contenus d&rsquo;enseignement opposerait deux conceptions de l&rsquo;&eacute;cole, celle qui la voue &agrave; la formation des &eacute;lites, et celle qui se soucie des classes populaires et veut faire sa place &agrave; la pr&eacute;paration &agrave; la vie. Cette opposition a tout d&rsquo;un &laquo;&nbsp;conflit de classe&nbsp;&raquo;, le rapport des forces que Perrenoud s&rsquo;efforce de modifier pesant en faveur de la conception &eacute;litiste des contenus, au d&eacute;triment des classes populaires et de la d&eacute;mocratie. On voit ainsi que le &laquo;&nbsp;conflit ne porte pas seulement sur l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; sociale devant la r&eacute;ussite scolaire et la s&eacute;lection, mais qu&rsquo;il se joue d&rsquo;abord dans la d&eacute;finition de ce qu&rsquo;il faut enseigner et exiger, bref de la culture scolaire&nbsp;&raquo;&nbsp;[34].<\/p>\n<p>Perrenoud ne pr&eacute;voit pas de troisi&egrave;me conception possible de l&rsquo;&eacute;cole, celle d&rsquo;une r&eacute;elle d&eacute;mocratisation de l&rsquo;acc&egrave;s aux savoirs (et donc de la possibilit&eacute; donn&eacute;e &agrave; tous d&rsquo;acqu&eacute;rir une culture suffisante pour se doter par eux-m&ecirc;mes des comp&eacute;tences n&eacute;cessaires &agrave; l&rsquo;existence adulte). Toute son argumentation repose en effet sur la naturalisation de l&rsquo;existant, sur la conviction implicite que l&rsquo;opposition actuelle entre ceux &laquo;&nbsp;qui ont de la facilit&eacute;&nbsp;&raquo; et ceux qui ne pourront aller ni plus vite, ni plus loin, et avec lesquels il convient de &laquo;&nbsp;ne pas mettre la barre trop haut&nbsp;&raquo;&nbsp;[35], est ind&eacute;passable. Il raisonne comme si l&rsquo;actuelle &eacute;cole obligatoire &agrave; 15 ou 16 ans &eacute;tait intangible, son horizon de pens&eacute;e rejoignant celui des experts des organisations internationales qui admettent, selon la formule cit&eacute;e de l&rsquo;OCDE, que &laquo;&nbsp;tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &eacute;conomie&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Que l&rsquo;on puisse &ecirc;tre &eacute;litiste pour tous ne lui vient visiblement pas &agrave; l&rsquo;esprit&nbsp;: ou bien on en tient pour la formation des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole obligatoire, et l&rsquo;on est un ami du peuple&nbsp;; ou bien on tient &agrave; une &eacute;cole qui maintient une forte ambition de transmission des savoirs, et on devrait se compter parmi les partisans de la domination de classe.<\/p>\n<p>On pourrait objecter qu&rsquo;il est tout &agrave; fait honorable de se pr&eacute;occuper d&rsquo;adapter &laquo;&nbsp;les gens ordinaires&nbsp;&raquo; &agrave; &laquo;&nbsp;la vie qui [les] attend dans la soci&eacute;t&eacute; du 21&egrave;me si&egrave;cle&nbsp;&raquo;&nbsp;[36], mais qu&rsquo;un d&eacute;mocrate ami du peuple pourrait tout aussi bien s&rsquo;inqui&eacute;ter de ce que lesdits &laquo;&nbsp;gens ordinaires&nbsp;&raquo; attendent, eux, de la vie&hellip; et notamment de l&rsquo;&eacute;cole. On pourrait aussi se demander si les probl&egrave;mes de la soci&eacute;t&eacute; de demain, tr&egrave;s complexe et hautement technicis&eacute;e, pourront &ecirc;tre g&eacute;r&eacute;s de fa&ccedil;on tr&egrave;s d&eacute;mocratique si l&rsquo;on exclut au d&eacute;part tant de citoyens des moyens intellectuels de les penser&hellip;<\/p>\n<p>De fait, les plaidoyers pour la vis&eacute;e d&rsquo;un socle commun de comp&eacute;tences ne sauraient se targuer de la moindre ambition d&eacute;mocratique. D&egrave;s 1985 le &laquo;&nbsp;minimum culturel commun&nbsp;&raquo; avanc&eacute; par le rapport du Coll&egrave;ge de France est en net d&eacute;calage avec ce que les familles ouvri&egrave;res, qui souhaitent majoritairement depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 1970 que leurs enfants puissent acc&eacute;der &agrave; l&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur, attendent de l&rsquo;&eacute;cole. Et ce d&eacute;calage ne va cesser de s&rsquo;accro&icirc;tre au fil des d&eacute;cennies, puisque ce sont aujourd&rsquo;hui neuf familles ouvri&egrave;res sur dix qui aspirent aux &eacute;tudes longues pour leurs enfants, et qui consacrent autant de temps que les parents cadres &agrave; tenter de les aider &agrave; cet effet&nbsp;[37].<\/p>\n<p>Il serait difficile de contester, conjointement, que ces attentes populaires &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;&eacute;cole rejoignent l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. Tant pour s&rsquo;asservir l&rsquo;immense puissance d&rsquo;agir inh&eacute;rente aux d&eacute;veloppements contemporains des sciences et techniques que pour se pr&eacute;server des risques aff&eacute;rents, tout aussi consid&eacute;rable, il est certainement vital de pr&eacute;munir les g&eacute;n&eacute;rations futures contre une fracture culturelle d&eacute;j&agrave; insupportable, et lourde de menaces &agrave; terme pour la vie d&eacute;mocratique et la survie m&ecirc;me de l&rsquo;humanit&eacute;.<\/p>\n<p><i>Une impasse p&eacute;dagogique<\/i><\/p>\n<p>Si le double principe d&rsquo;un bagage scolaire minimum et de la formation de comp&eacute;tences rallie aujourd&rsquo;hui une fraction tr&egrave;s significative des politiques et des penseurs de la question scolaire, c&rsquo;est sans doute qu&rsquo;il b&eacute;n&eacute;ficie d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; de toute la force promotionnelle des politiques patronales relay&eacute;es par les organismes internationaux et les &Eacute;tats nationaux, tout en offrant une porte de sortie, et m&ecirc;me la possibilit&eacute; de rebondir, &agrave; une galaxie de p&eacute;dagogues qui doivent bien constater, exp&eacute;rience pluri d&eacute;cennale &agrave; l&rsquo;appui, les limites d&rsquo;efficacit&eacute; de la r&eacute;novation des ann&eacute;es 1970\/80.<\/p>\n<p>Ce ralliement vaut, c&ocirc;t&eacute; socle, acceptation d&rsquo;une &eacute;cole &agrave; deux vitesses&nbsp;; et, c&ocirc;t&eacute; comp&eacute;tences, abandon de l&rsquo;id&eacute;al d&rsquo;une &eacute;cole &eacute;mancipatrice, qui ambitionne de donner les moyens de penser le monde, au profit d&rsquo;une formation suppos&eacute;e utile aux &eacute;l&egrave;ves les plus faibles. Perrenoud illustre ainsi cet utilitarisme &agrave; courte vue, s&rsquo;agissant de l&rsquo;enseignement du fran&ccedil;ais. Il s&rsquo;en prend &agrave; ceux qui &laquo;&nbsp;continuent &agrave; privil&eacute;gier un savoir sur la langue qui rel&egrave;ve de la culture plus que la ma&icirc;trise pratique, quand bien m&ecirc;me les travaux de recherche permettent de douter que la ma&icirc;trise th&eacute;orique de la syntaxe soit aussi indispensable qu&rsquo;on l&rsquo;imaginait pour produire des &eacute;nonc&eacute;s intelligibles et communiquer avec autrui&nbsp;&raquo;, et regrette que l&rsquo;on ait encore affaire &agrave; &laquo;&nbsp;un enseignement de la langue comme objet de connaissance abstraite&nbsp;&raquo; et pas seulement &agrave; &laquo;&nbsp;une &eacute;ducation &agrave; la communication langagi&egrave;re et &agrave; ses codes&nbsp;&raquo;&nbsp;[38]. Savoir communiquer est-il donc le nec plus ultra auquel l&rsquo;&eacute;cole pourrait viser s&rsquo;agissant des enfants du peuple (suppos&eacute;s par le fait incapables, hors du b&eacute;n&eacute;fice de l&rsquo;action scolaire, de produire des &laquo;&nbsp;&eacute;nonc&eacute;s intelligibles&nbsp;&raquo;)&nbsp;?<\/p>\n<p>On vient de le souligner, ce ralliement est en d&eacute;phasage total avec les attentes des familles autant qu&rsquo;avec les exigences d&rsquo;un avenir d&eacute;mocratique. &Agrave; court terme, il est m&ecirc;me douteux qu&rsquo;il apporte quelque am&eacute;lioration que ce soit &agrave; la situation de l&rsquo;&eacute;cole.<\/p>\n<p><i>Les effets du socle<\/i><\/p>\n<p>On observera d&rsquo;abord, &agrave; cet &eacute;gard, que le socle vient s&rsquo;ajouter, une de plus, aux &laquo;&nbsp;solutions&nbsp;&raquo; offertes de longue date aux &eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute;. Avec, toujours, les meilleures intentions&nbsp;: solutions de rem&eacute;diation cens&eacute;es remettre &agrave; flot (redoublement, soutiens divers, classes de niveau, etc.), ou voies courtes pour sauver les meubles et ins&eacute;rer sur le march&eacute; du travail, le socle venant prendre place parmi ces derni&egrave;res. Il est av&eacute;r&eacute; qu&rsquo;en r&eacute;alit&eacute; les solutions de rem&eacute;diation p&eacute;nalisent bien plut&ocirc;t qu&rsquo;elles ne sauvent, et annoncent l&rsquo;emprunt des voies courtes, qui offrent une &laquo;&nbsp;deuxi&egrave;me chance&nbsp;&raquo; tout en sanctionnant d&eacute;finitivement l&rsquo;&eacute;chec. Mais les unes et les autres ne se contentent pas de prendre acte des difficult&eacute;s des &eacute;l&egrave;ves faibles et de baliser leur parcours. Elles jouent un r&ocirc;le actif dans le processus qui transmue les in&eacute;galit&eacute;s sociales en in&eacute;galit&eacute;s scolaires.<\/p>\n<p>Les difficult&eacute;s intellectuelles rencontr&eacute;es par les &eacute;l&egrave;ves dans leurs apprentissages confrontent les ma&icirc;tres et l&rsquo;institution scolaire &agrave; une alternative. Ou bien les &eacute;l&egrave;ves sont estim&eacute;s capables de les surmonter, et l&rsquo;on n&rsquo;a de cesse de trouver les moyens de les y aider. Ou bien l&rsquo;on admet, au moins implicitement, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas tous les ressources mentales suffisantes, et il reste &agrave; valider les mauvais r&eacute;sultats de ceux qui &eacute;chouent. L&rsquo;&eacute;cole actuelle choisit d&rsquo;&eacute;vidence la deuxi&egrave;me solution, quoi qu&rsquo;elle en dise par ailleurs, en mettant &agrave; disposition des enseignants toute une batterie de moyens de validation de l&rsquo;&eacute;chec (de la mauvaise note &agrave; l&rsquo;orientation vers les voies courtes, en passant par la d&eacute;l&eacute;gation dans les instances de rem&eacute;diation, la rel&eacute;gation dans les classes faibles, l&rsquo;orientation vers des sections d&eacute;barrass&eacute;es des mati&egrave;res o&ugrave; l&rsquo;&eacute;chec est le plus criant, etc.). Le choix de la premi&egrave;re solution, qui irait de soi dans toute &eacute;cole visant r&eacute;ellement &agrave; la r&eacute;ussite de tous les &eacute;l&egrave;ves, supposerait &agrave; l&rsquo;inverse la suppression de toute possibilit&eacute; de traiter la difficult&eacute; intellectuelle autrement qu&rsquo;en s&rsquo;attelant &agrave; la surmonter. Le socle, qui s&rsquo;annonce de lui-m&ecirc;me comme destin&eacute; aux &eacute;l&egrave;ves faibles, n&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;une porte de sortie de plus pour l&rsquo;institution, une invitation de plus &agrave; renoncer, puisqu&rsquo;une autre issue existe, &agrave; tout faire pour la r&eacute;ussite de ces &eacute;l&egrave;ves faibles.<\/p>\n<p>Certes les promoteurs du socle maintiennent dans son intitul&eacute; la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&rsquo;acquisition des connaissances. Ils le pr&eacute;sentent comme un autre moyen d&rsquo;acqu&eacute;rir les savoirs, en rendant leur finalit&eacute; (la formation de comp&eacute;tences) plus visible et en luttant de ce fait (la formation des comp&eacute;tences unifiant plusieurs domaines de savoirs) contre leur fragmentation. On peut toutefois rappeler &agrave; cet &eacute;gard que les programmes de l&rsquo;&eacute;cole primaire ont &eacute;t&eacute; r&eacute;organis&eacute;s depuis bient&ocirc;t vingt ans (&agrave; partir de 1995) autour de comp&eacute;tences list&eacute;es domaine par domaine sans effet manifeste, bien au contraire, sur la r&eacute;ussite moyenne des apprentissages.&nbsp;[39] Et l&rsquo;on ne sache pas que la mise en &oelig;uvre de la loi Fillon, qui &eacute;tend l&rsquo;APC au coll&egrave;ge, se soit traduite par quelque am&eacute;lioration des acquis cognitifs des coll&eacute;giens. Ces constats ne sont &agrave; vrai dire gu&egrave;re surprenants.<\/p>\n<p>Si le principe du socle invite en effet, en paraissant offrir une issue aux &eacute;l&egrave;ves concern&eacute;s, &agrave; consid&eacute;rer leurs difficult&eacute;s comme in&eacute;luctables plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; entreprendre de les combattre, l&rsquo;approche par comp&eacute;tences ne risque pas d&rsquo;am&eacute;liorer par elle-m&ecirc;me la qualit&eacute; de leurs apprentissages.<\/p>\n<p><i>Les cons&eacute;quences de la &laquo;&nbsp;formation des comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;<\/i><\/p>\n<p>Assigner au syst&egrave;me &eacute;ducatif la mission de former des comp&eacute;tences et non plus d&rsquo;acqu&eacute;rir des savoirs ne va pas en effet sans cons&eacute;quences. La premi&egrave;re est sans doute de r&eacute;duire le temps scolaire d&eacute;volu aux savoirs, puisqu&rsquo;il faut en soustraire celui qui va &ecirc;tre consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;activit&eacute; type o&ugrave; les comp&eacute;tences sont cens&eacute;es pouvoir se constituer&nbsp;: la confrontation des &eacute;l&egrave;ves &agrave; des situations-probl&egrave;mes con&ccedil;ues &agrave; cette fin. Perrenoud admet ainsi qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;faut accepter d&rsquo;enseigner moins de connaissances si l&rsquo;on veut r&eacute;ellement d&eacute;velopper des comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;&nbsp;[40]. Mais il n&rsquo;y a l&agrave; pour lui rien de dramatique. Comme bien des p&eacute;dagogues qui &eacute;tayent leur prise de partie pour la formation des comp&eacute;tences sur une critique de &laquo;&nbsp;l&rsquo;empilement des connaissances&nbsp;&raquo;, Perrenoud voit volontiers dans l&rsquo;acquisition des savoirs moins une formation de l&rsquo;esprit qu&rsquo;une sorte de m&eacute;morisation d&rsquo;informations savantes&nbsp;: il est &eacute;videmment d&egrave;s lors plus facile de trier ces derni&egrave;res selon leur degr&eacute; d&rsquo;&laquo;&nbsp;utilit&eacute;&nbsp;&raquo;. Dans le m&ecirc;me esprit Bernard Rey propose de r&eacute;duire les connaissances exigibles &laquo;&nbsp;&agrave; l&rsquo;essentiel&nbsp;&raquo;&nbsp;: &laquo;&nbsp;En assignant &agrave; l&rsquo;&eacute;cole la mission de faire que les &eacute;l&egrave;ves soient capables d&rsquo;accomplir (&hellip;) un nombre fini de t&acirc;ches, on peut esp&eacute;rer arr&ecirc;ter ou du moins r&eacute;duire l&rsquo;inflation des connaissances exig&eacute;es&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;ramener ce qui doit &ecirc;tre obtenu des &eacute;l&egrave;ves &agrave; l&rsquo;essentiel&nbsp;&raquo;&nbsp;[41].<\/p>\n<p>Moins de temps donc pour l&rsquo;appropriation des savoirs, au profit d&rsquo;une activit&eacute; de r&eacute;solution de probl&egrave;mes dont il y a tr&egrave;s s&eacute;rieusement lieu de craindre qu&rsquo;elle polarise l&rsquo;attention de l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve sur les sp&eacute;cificit&eacute;s contextuelles de la t&acirc;che, plut&ocirc;t que sur son lien avec les savoirs &agrave; mobiliser. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on observe tr&egrave;s souvent lors de la mise en &oelig;uvre du principe constructiviste dans l&rsquo;apprentissage des savoirs eux-m&ecirc;mes, on ne voit pas bien, en l&rsquo;absence de toute r&eacute;flexion de fond sur cette &laquo;&nbsp;d&eacute;rive&nbsp;&raquo;&nbsp;[42], pourquoi il en irait tr&egrave;s diff&eacute;remment dans le processus de formation des comp&eacute;tences.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, et c&rsquo;est une seconde cons&eacute;quence de l&rsquo;APC, celle-ci subordonne n&eacute;cessairement l&rsquo;acquisition des savoirs &agrave; la liste des comp&eacute;tences &agrave; acqu&eacute;rir&nbsp;; et cela de fa&ccedil;on d&rsquo;autant plus imp&eacute;rative que l&rsquo;&eacute;valuation des &eacute;l&egrave;ves, puissant instrument de guidage de l&rsquo;activit&eacute; enseignante, op&egrave;re elle-m&ecirc;me &laquo;&nbsp;par comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;, et se contente de mesurer la r&eacute;alisation des t&acirc;ches correspondantes, sans se soucier des savoirs qui ont &eacute;t&eacute; r&eacute;ellement acquis. On connaissait d&eacute;j&agrave; l&rsquo;utilitarisme induit par l&rsquo;&eacute;valuation des savoirs eux-m&ecirc;mes (un savoir valant non par ce qu&rsquo;il permet de comprendre mais par la note dont il se paye &agrave; l&rsquo;examen)&nbsp;: l&rsquo;&eacute;valuation par comp&eacute;tences ne peut que l&rsquo;aggraver, puisqu&rsquo;elle ne mesure que la capacit&eacute; d&rsquo;adaptation &agrave; des situations ext&eacute;rieures au savoir lui-m&ecirc;me. Comment d&egrave;s lors continuer &agrave; enseigner des savoirs d&eacute;pourvus d&rsquo;utilit&eacute; pratique (ou dont l&rsquo;utilit&eacute; pratique n&rsquo;est pas list&eacute;e dans le r&eacute;f&eacute;rentiel de comp&eacute;tences &agrave; acqu&eacute;rir)&nbsp;? Et comment concevoir, dans ces conditions, une transmission progressive et ordonn&eacute;e de savoirs relevant, seule fa&ccedil;on d&rsquo;en permettre l&rsquo;intelligibilit&eacute;, d&rsquo;une logique proprement cognitive&nbsp;? Certains promoteurs de l&rsquo;APC abandonnent d&rsquo;ailleurs cet objectif de bon c&oelig;ur, admettant ainsi que la centration de l&rsquo;activit&eacute; de l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve sur la t&acirc;che risque de se payer, en fait de lutte contre leur fragmentation, d&rsquo;une atomisation des savoirs auquel il est n&eacute;cessaire d&rsquo;emprunter pour mener la t&acirc;che &agrave; bien, et soulignent par exemple que les enseignants doivent &laquo;&nbsp;mettre en sourdine leur d&eacute;sir d&rsquo;ordre et d&rsquo;organisation des savoirs, faire leur deuil des expos&eacute;s mod&egrave;les, des cours sans surprise&nbsp;&raquo;&nbsp;[43].<\/p>\n<p>Certes tous les tenants de l&rsquo;APC ne sont pas pr&ecirc;ts &agrave; un tel abandon, tel Philippe Perrenoud qui s&rsquo;attache &agrave; souligner que &laquo;&nbsp;les comp&eacute;tences mobilisent des connaissances dont une grande partie sont et resteront d&rsquo;ordre disciplinaire&nbsp;&raquo;, et qu&rsquo;il est vain d&egrave;s lors d&rsquo;opposer comp&eacute;tences et savoirs, comp&eacute;tences et disciplines&nbsp;[44]. La cons&eacute;quence est claire&nbsp;: la formation des comp&eacute;tences ne saurait se substituer &agrave; l&rsquo;apprentissage r&eacute;ussi des savoirs. &laquo;&nbsp;L&rsquo;urgence, &agrave; l&rsquo;&eacute;cole primaire, est de faire entrer dans les savoirs mais aussi de donner les habilet&eacute;s intellectuelles sans lesquelles il n&rsquo;y a pas d&rsquo;apprentissage possible. Aussi longtemps que, &agrave; la fin du primaire, un &eacute;l&egrave;ve sur cinq ne saura pas lire couramment, la pr&eacute;paration &agrave; la vie restera pr&eacute;matur&eacute;e (&hellip;) on est tr&egrave;s loin de pouvoir d&eacute;velopper des comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;&nbsp;[45].<\/p>\n<p>La formation des comp&eacute;tences ne saurait donc avoir de sens si&hellip; l&rsquo;on ne r&eacute;sout pas d&rsquo;abord le probl&egrave;me de l&rsquo;&eacute;chec scolaire (dans lequel le d&eacute;faut de ma&icirc;trise de la langue &eacute;crite joue un r&ocirc;le crucial&nbsp;: 80% des redoublements du CP sont dus &agrave; des probl&egrave;mes de lecture). En 2011 Perrenoud admet ainsi que l&rsquo;APC ne saurait constituer &laquo;&nbsp;la r&eacute;ponse d&eacute;cisive &agrave; l&rsquo;&eacute;chec scolaire&nbsp;&raquo; pour laquelle elle &eacute;tait donn&eacute;e dans son ouvrage de 1997.<\/p>\n<p>Mais allons plus loin. Si l&rsquo;on r&eacute;glait la question des 20% d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute; par rapport &agrave; l&rsquo;&eacute;crit qu&rsquo;&eacute;voque Perrenoud, en leur apprenant &agrave; lire &laquo;&nbsp;couramment&nbsp;&raquo; gr&acirc;ce &agrave; une &eacute;l&eacute;vation sensible de l&rsquo;efficacit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale des apprentissages du CP, du m&ecirc;me coup on assurerait une entr&eacute;e normale dans la culture &eacute;crite &agrave; tous les &eacute;l&egrave;ves, la grande majorit&eacute; d&rsquo;entre eux (au-del&agrave; de ces 20%) b&eacute;n&eacute;ficiant eux aussi d&rsquo;une am&eacute;lioration nette de leur ma&icirc;trise de la langue &eacute;crite. Que peut-on imaginer qu&rsquo;il se passerait alors&nbsp;?<\/p>\n<p>Tout naturellement les nouveaux entrants feraient, pour la quasi totalit&eacute; d&rsquo;entre eux, ce que leurs a&icirc;n&eacute;s &eacute;tant eux-m&ecirc;mes entr&eacute;s correctement dans la culture &eacute;crite ont fait&nbsp;: poursuivre leurs &eacute;tudes le plus loin possible. Et cela est tout aussi vrai pour les enfants des classes populaires que pour les autres&nbsp;: rappelons qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, parmi les &eacute;l&egrave;ves dont les &eacute;valuations &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e en 6&egrave;me font partie du quartile sup&eacute;rieur, il y a peu d&rsquo;&eacute;carts entre les parcours ult&eacute;rieurs des enfants de cadres et des enfants d&rsquo;ouvriers.<\/p>\n<p>On aboutit donc &agrave; ce r&eacute;sultat qui donne mati&egrave;re &agrave; r&eacute;flexion&nbsp;: la &laquo;&nbsp;pr&eacute;paration &agrave; la vie&nbsp;&raquo; ne saurait se substituer &agrave; la r&eacute;ussite des apprentissages &eacute;l&eacute;mentaires&nbsp;; mais si celle-ci se g&eacute;n&eacute;ralisait, la &laquo;&nbsp;pr&eacute;paration &agrave; la vie&nbsp;&raquo; suppos&eacute;e pr&eacute;cieuse pour les enfants des classes populaires perdrait tout int&eacute;r&ecirc;t&hellip;<\/p>\n<p><i>Enseignants&nbsp;: m&eacute;contentement et mobilisations<\/i><\/p>\n<p>Nous n&rsquo;avons pas &eacute;voqu&eacute; jusqu&rsquo;ici l&rsquo;exp&eacute;rience des enseignants&nbsp;: comment ont-ils v&eacute;cu le consensus majoritaire des d&eacute;cideurs autour du principe du socle commun&nbsp;? Comment la politique du socle et des comp&eacute;tences a-t-elle transform&eacute; leur m&eacute;tier&nbsp;? Comment, dans le quotidien de leurs pratiques, ont-ils r&eacute;agi &agrave; ces transformations, quelles formes de r&eacute;sistance ont-ils &eacute;ventuellement mises en &oelig;uvre&nbsp;? Il faudrait &agrave; vrai dire, pour traiter s&eacute;rieusement ces questions, disposer d&rsquo;enqu&ecirc;tes de terrain qui font d&eacute;faut. Et leur absence est particuli&egrave;rement handicapante s&rsquo;agissant d&rsquo;appr&eacute;hender la fa&ccedil;on dont les int&eacute;ress&eacute;s se sont confront&eacute;s aux exigences de leur employeur, sachant que cette confrontation, qui s&rsquo;op&egrave;re de fa&ccedil;on &agrave; chaque fois individuelle, dans la conduite autonome des classes, n&rsquo;a gu&egrave;re d&rsquo;expression dans l&rsquo;espace public. On peut cependant proposer quelques &eacute;l&eacute;ments de r&eacute;flexion, susceptibles notamment d&rsquo;&eacute;clairer un d&eacute;sarroi assez ais&eacute;ment perceptible.<\/p>\n<p>La contradiction fondamentale de l&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;cole unique&nbsp;&raquo; oppose son &eacute;galitarisme formel &ndash; celui de la dite &eacute;galit&eacute; des chances &ndash; &agrave; la r&eacute;alit&eacute; des in&eacute;galit&eacute;s sociales. L&rsquo;exp&eacute;rience des enseignants est structur&eacute;e par cette contradiction fondamentale, qui s&rsquo;exprime dans leur v&eacute;cu quotidien sous la forme de l&rsquo;opposition intime entre la conviction de l&rsquo;&eacute;ducabilit&eacute; universelle (enseigner &agrave; tous les &eacute;l&egrave;ves ne prend sens que si l&rsquo;on admet qu&rsquo;ils sont tous enseignables) et la conviction contraire de l&rsquo;in&eacute;luctabilit&eacute; de l&rsquo;&eacute;chec d&rsquo;une partie d&rsquo;entre eux (qui se v&eacute;rifie de fa&ccedil;on r&eacute;p&eacute;t&eacute;e). Cette opposition est plus ou moins bien tol&eacute;r&eacute;e, et le plus souvent source de frustration&nbsp;: les enseignants ne peuvent atteindre l&rsquo;objectif d&rsquo;un travail bien fait, qui supposerait que tous leurs &eacute;l&egrave;ves r&eacute;ussissent&nbsp;; ils sont contraints de &laquo;&nbsp;bricoler&nbsp;&raquo; et de se justifier &agrave; leurs propres yeux en invoquant la pr&eacute;gnance du handicap socioculturel. Cette tension est &eacute;videmment particuli&egrave;rement vive au coll&egrave;ge, qui rassemble tous les &eacute;l&egrave;ves et o&ugrave; l&rsquo;&eacute;chec de masse se manifeste de fa&ccedil;on ostensible. Les enseignants peuvent imaginer que la suppression du coll&egrave;ge unique supprimerait la tension, et l&rsquo;on ne saurait s&rsquo;&eacute;tonner que le principe n&rsquo;en ait jamais &eacute;t&eacute; d&eacute;fendu par une majorit&eacute; d&rsquo;entre eux&nbsp;[46].<\/p>\n<p>Dans ces conditions, la politique du socle et des comp&eacute;tences a pu para&icirc;tre &agrave; certains d&rsquo;entre eux s&eacute;duisante et d&eacute;mocratique, puisque elle vise &agrave; donner un bagage aux &eacute;l&egrave;ves en difficult&eacute; &ndash; avec lesquels donc les enseignants sont en difficult&eacute;. On peut imaginer que ceux-l&agrave; ont partag&eacute; id&eacute;alement le consensus des d&eacute;cideurs.<\/p>\n<p>Dans la pratique cependant la mise en &oelig;uvre du triptyque&nbsp;: socle commun \/ formation de comp&eacute;tences \/ livret de comp&eacute;tences, s&rsquo;accompagne d&rsquo;une d&eacute;gradation sensible du m&eacute;tier, et elle a tout pour accentuer s&eacute;rieusement la tension. Jusque-l&agrave; l&rsquo;&eacute;chec &eacute;tait tol&eacute;r&eacute; faute de mieux, mais on continuait &agrave; tenter de l&rsquo;&eacute;viter. Or voil&agrave; une politique qui l&rsquo;admet ouvertement et cyniquement, qui invite &agrave; tirer les ambitions vers le bas, et qui du coup tire le m&eacute;tier lui-m&ecirc;me vers le bas. Et qui de plus, mais ceci explique sans doute cela, a &eacute;t&eacute; mise en place sans le moindre souci de la pr&eacute;senter aux acteurs de terrain, et a fortiori sans les associer &agrave; la r&eacute;flexion.<\/p>\n<p>Le &laquo;&nbsp;socle&nbsp;&raquo; n&rsquo;a rien de &laquo;&nbsp;commun&nbsp;&raquo; puisque sa mise en &oelig;uvre impose que les contenus de savoir des comp&eacute;tences fassent l&rsquo;objet d&rsquo;une adaptation locale aux capacit&eacute;s pr&eacute;sum&eacute;es du public accueilli. Sans action pr&eacute;alable en amont pour am&eacute;liorer l&rsquo;efficacit&eacute; des apprentissages &eacute;l&eacute;mentaires, comment faire autrement pour atteindre au coll&egrave;ge l&rsquo;objectif impos&eacute; de 100% de validation des comp&eacute;tences de base&nbsp;? Comment faire sans s&rsquo;&eacute;carter des programmes nationaux pour &laquo;&nbsp;s&rsquo;adapter&nbsp;&raquo; aux &eacute;l&egrave;ves, sans tricher sur la r&eacute;alit&eacute; de leurs performances&nbsp;?<\/p>\n<p>La vis&eacute;e de comp&eacute;tences minimales contraint les enseignants &agrave; renoncer &agrave; introduire r&eacute;ellement leurs &eacute;l&egrave;ves aux bases des savoirs disciplinaires&nbsp;: or, dans le secondaire, c&rsquo;est la passion pour ces derniers, bien plus que quelque go&ucirc;t pour l&rsquo;enseignement en g&eacute;n&eacute;ral, qui a pr&eacute;sid&eacute; au choix du m&eacute;tier. En lieu et place, la politique du socle invite &agrave; enseigner moins pour se consacrer davantage &agrave; l&rsquo;accompagnement individualis&eacute; des &eacute;l&egrave;ves. Et elle invite &agrave; consacrer le travail en &eacute;quipe non pas &agrave; viser l&rsquo;am&eacute;lioration de l&rsquo;efficacit&eacute; de la transmission des savoirs, mais &agrave; r&eacute;viser les ambitions &eacute;ducatives &agrave; la baisse pour les &laquo;&nbsp;adapter&nbsp;&raquo; au public&hellip;<\/p>\n<p>L&rsquo;obligation incontournable de remplir le livret de comp&eacute;tences est impossible &agrave; satisfaire honn&ecirc;tement. Comment juger par oui ou par non des apprentissages effectivement r&eacute;alis&eacute;s par les &eacute;l&egrave;ves, comment accepter la fragmentation et la conception utilitariste des savoirs qu&rsquo;impose ce mode d&rsquo;&eacute;valuation&nbsp;? Une certification scolaire con&ccedil;ue comme attestation et contr&ocirc;le d&rsquo;employabilit&eacute;, sur le mode des livrets ouvriers de sinistre m&eacute;moire, peut-elle satisfaire des enseignants qui accordent un minimum de sens et de dignit&eacute; &agrave; l&rsquo;exercice de leur m&eacute;tier&nbsp;?<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&agrave; que le manque d&rsquo;enqu&ecirc;tes de terrain est particuli&egrave;rement sensible, interdisant toute appr&eacute;ciation d&rsquo;ensemble de la fa&ccedil;on dont les enseignants ont r&eacute;agi aux nouvelles prescriptions de l&rsquo;institution et de ce qui s&rsquo;est r&eacute;ellement pass&eacute; dans les classes.<\/p>\n<p>Les r&eacute;actions individuelles d&eacute;crivent certainement un tr&egrave;s large &eacute;ventail de possibles. Nombre d&rsquo;enseignants ne semblent pas avoir pris encore r&eacute;ellement la mesure du changement. D&rsquo;autres, qui la pressentent, jouent la force d&rsquo;inertie, &ccedil;a fait toujours gagner un peu de temps. Pour le reste, les r&eacute;actions peuvent aller du bricolage plus ou moins r&eacute;sign&eacute; &agrave; la r&eacute;sistance ouverte plus ou moins revendiqu&eacute;e. Jusqu&rsquo;&agrave; quel point ces r&eacute;actions ont-elles pris une dimension collective informelle, impossible &agrave; savoir.<\/p>\n<p>Dans certains cas cependant des r&eacute;actions collectives visant &agrave; d&eacute;fendre une v&eacute;ritable transmission des savoirs et donc la qualit&eacute; du m&eacute;tier ont pu s&rsquo;organiser suffisamment pour &ecirc;tre signal&eacute;es, d&eacute;crites et r&eacute;fl&eacute;chies. Pour quelques-unes d&rsquo;entre elles, qui concernent le coll&egrave;ge, le GRDS a publi&eacute; sur son site les analyses des coll&egrave;gues qui les ont anim&eacute;es&nbsp;[47].<\/p>\n<h3>Quelles perspectives d&eacute;mocratiques&nbsp;?<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" data-mce-=\"\" height=\"149\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L141xH149\/Image_32-175a2.png\" width=\"141\" \/><\/p>\n<p><i>Sauver le socle&nbsp;?<\/i><\/p>\n<p>Le ministre Peillon est manifestement conscient des probl&egrave;mes pos&eacute;s tant par l&rsquo;importance de l&rsquo;&eacute;chec des apprentissages &eacute;l&eacute;mentaires que par la mise en &oelig;uvre du socle, qui ne semble gu&egrave;re apporter de solution significative aux maux du coll&egrave;ge. D&eacute;cid&eacute; &agrave; r&eacute;examiner les modalit&eacute;s du socle, il annonce, dans le projet de loi d&rsquo;orientation rendu public d&eacute;but 2013, une modification de l&rsquo;intitul&eacute;, qui deviendrait &laquo;&nbsp;socle commun de connaissances, de comp&eacute;tences et de culture&nbsp;&raquo;&nbsp;; un assouplissement de la d&eacute;finition du contenu, qui serait pr&eacute;cis&eacute;e par voie r&eacute;glementaire&nbsp;; et des mesures qui renforcent la centralit&eacute; du socle comme objectif de fin d&rsquo;&eacute;tudes obligatoires&nbsp;: la suppression de l&rsquo;apprentissage &agrave; 14 ans, ainsi que de la r&eacute;f&eacute;rence, dans le code de l&rsquo;&eacute;ducation, d&rsquo;enseignements de l&rsquo;&eacute;cole obligatoire qui seraient dispens&eacute;s &laquo;&nbsp;parall&egrave;lement &agrave; l&rsquo;acquisition du socle&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Ces annonces visent &agrave; renforcer la l&eacute;gitimit&eacute; du socle, en le revalorisant par le renfort au moins symbolique de la &laquo;&nbsp;culture&nbsp;&raquo;, et en r&eacute;affirmant fortement le principe de son caract&egrave;re &laquo;&nbsp;commun&nbsp;&raquo; et &eacute;galitaire, puisque tous les &eacute;l&egrave;ves doivent &ecirc;tre amen&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; son acquisition au terme de l&rsquo;&eacute;cole obligatoire, et que les &laquo;&nbsp;bons&nbsp;&raquo; &eacute;l&egrave;ves devront eux aussi se consacrer &agrave; son acquisition plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;&laquo;&nbsp;enseignements parall&egrave;les&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a rien l&agrave; que de tr&egrave;s conforme au programme annonc&eacute; du PS. Mais si l&rsquo;on admet que pour les &eacute;l&egrave;ves, les parents, les enseignants, l&rsquo;avenir d&eacute;mocratique de nos soci&eacute;t&eacute;s, le probl&egrave;me de l&rsquo;&eacute;cole est celui des in&eacute;galit&eacute;s et d&rsquo;un &eacute;chec des apprentissages qui reste massif, on voit mal que la loi Peillon apporte un changement tr&egrave;s spectaculaire &agrave; la situation. La &laquo;&nbsp;priorit&eacute;&nbsp;&raquo; donn&eacute;e &agrave; l&rsquo;enseignement &eacute;l&eacute;mentaire se garde bien d&rsquo;ouvrir le dossier des proc&eacute;dures p&eacute;dagogiques, et la r&eacute;affirmation du principe du socle n&rsquo;est pas de nature &agrave; encourager de fortes remises en cause &agrave; cet &eacute;gard. Les &eacute;l&egrave;ves continueront d&rsquo;arriver au coll&egrave;ge avec des acquis tr&egrave;s dissemblables, et ce n&rsquo;est pas la suppression formelle des &laquo;&nbsp;enseignements parall&egrave;les&nbsp;&raquo; au socle qui emp&ecirc;chera les &eacute;carts de continuer &agrave; se creuser au coll&egrave;ge, du fait d&rsquo;un enseignement diff&eacute;renci&eacute; qui fera progresser plus vite les meilleurs.<\/p>\n<p>Dans le domaine scolaire comme en d&rsquo;autres, l&rsquo;exp&eacute;rience montre combien s&rsquo;est r&eacute;duit l&rsquo;espace pour des r&eacute;formes d&rsquo;inspiration d&eacute;mocratique qui ne veulent toucher &agrave; rien d&rsquo;essentiel. Abandonner le principe du socle commun, r&eacute;ponse d&eacute;su&egrave;te aux probl&egrave;mes de l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, supposerait une rupture avec les orientations pr&ocirc;n&eacute;es par les organismes internationaux et le patronat fran&ccedil;ais, la mobilisation des enseignants, le report &agrave; 18 ans de l&rsquo;obligation scolaire. Mais quelle d&eacute;mocratisation de l&rsquo;&eacute;cole, seule r&eacute;ponse r&eacute;elle &agrave; sa crise, pourrait-elle &ecirc;tre envisag&eacute;e si ce n&rsquo;est &agrave; ce prix&nbsp;?<\/p>\n<p><i>Former des comp&eacute;tences&nbsp;?<\/i><\/p>\n<p>Si une v&eacute;ritable d&eacute;mocratisation scolaire est incompatible avec la politique du socle commun, l&rsquo;est-elle du m&ecirc;me coup avec toute prise en charge par l&rsquo;&eacute;cole de la formation de comp&eacute;tences&nbsp;?<\/p>\n<p>Perrenoud propose de d&eacute;finir la comp&eacute;tence comme un &laquo;&nbsp;savoir y faire&nbsp;&raquo; mobilisant des connaissances ressources. On pr&eacute;f&egrave;rera peut-&ecirc;tre parler de &laquo;&nbsp;savoir agir&nbsp;&raquo;, qui englobe plus facilement aussi bien le savoir penser, le savoir parler, le savoir faire, la pens&eacute;e &ndash; langage et dialogue int&eacute;rieur &ndash; &eacute;tant une action int&eacute;rioris&eacute;e, ou le moment int&eacute;rioris&eacute; de toute action&nbsp;[48]. Sous cette acception large, on conviendra volontiers que l&rsquo;&eacute;cole ne peut pas se d&eacute;sint&eacute;resser du savoir agir. Comme le souligne Astolfi, &laquo;&nbsp;qui pourrait se contenter de savoirs scolaires r&eacute;ifi&eacute;s, ne donnant pas prise sur la r&eacute;alit&eacute;&nbsp;? (&hellip;) Une formation authentique suppose bien la capacit&eacute; &agrave; r&eacute;employer ailleurs ce qui a &eacute;t&eacute; appris&nbsp;&raquo;&nbsp;[49].<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;affirmation selon laquelle les savoirs appris &agrave; l&rsquo;&eacute;cole ne se transformeraient pas d&rsquo;eux-m&ecirc;mes en &laquo;&nbsp;savoir agir&nbsp;&raquo; qui l&eacute;gitime, chez Perrenoud comme chez bien d&rsquo;autres auteurs, la revendication d&rsquo;une formation scolaire des comp&eacute;tences. L&rsquo;APC serait &laquo;&nbsp;une r&eacute;action critique face &agrave; la faible mobilisation des connaissances acad&eacute;miques, souvent observ&eacute;e en situation de r&eacute;solution de probl&egrave;mes&nbsp;&raquo;&nbsp;[50], l&rsquo;&eacute;cole transmettant des connaissances qui &laquo;&nbsp;s&rsquo;empilent&nbsp;&raquo; sans conf&eacute;rer par elles-m&ecirc;mes les moyens d&rsquo;agir dans la vie.<\/p>\n<p>L&rsquo;argument repose sur une dichotomie entre savoirs et savoir agir (on pourrait savoir sans savoir agir), entre la sph&egrave;re de la connaissance et la sph&egrave;re de l&rsquo;action, qui appelle discussion. L&rsquo;&laquo;&nbsp;empilement&nbsp;&raquo; des connaissances scolaires pourrait n&rsquo;avoir aucun effet dans la vie pratique&nbsp;? Toute l&rsquo;exp&eacute;rience de la recherche sociologique, en montrant que la dur&eacute;e des scolarit&eacute;s est le pr&eacute;dicateur le plus puissant de toute une s&eacute;rie des comportements d&rsquo;adultes (plus que l&rsquo;&acirc;ge, le sexe, la cat&eacute;gorie socioprofessionnelle), s&rsquo;inscrit en faux contre une telle hypoth&egrave;se. On se souvient par ailleurs de la pol&eacute;mique men&eacute;e en France &agrave; l&rsquo;encontre des enqu&ecirc;tes PISA de l&rsquo;OCDE, qui seraient mal plac&eacute;es pour &eacute;valuer l&rsquo;efficacit&eacute; du syst&egrave;me scolaire fran&ccedil;ais car celui-ci vise &agrave; transmettre des savoirs, alors que ces enqu&ecirc;tes mesurent des comp&eacute;tences pratiques. Or les chercheurs d&rsquo;ESCOL ont men&eacute; une enqu&ecirc;te propre aupr&egrave;s d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves fran&ccedil;ais en reprenant les questions pos&eacute;es par PISA 2000, et en confrontant leurs r&eacute;ponses avec leur niveau scolaire. Les r&eacute;sultats indiquent clairement la force de la relation entre connaissances et comp&eacute;tences. &Agrave; un p&ocirc;le les bons &eacute;l&egrave;ves font r&eacute;guli&egrave;rement preuve de bonnes performances aux items de comp&eacute;tence. Au p&ocirc;le oppos&eacute; les enqu&ecirc;t&eacute;s d&eacute;pourvus des bases essentielles des savoirs lettr&eacute;s s&rsquo;av&egrave;rent tout aussi r&eacute;guli&egrave;rement peu performants en mati&egrave;re de comp&eacute;tences. Entre les deux les &eacute;l&egrave;ves moyens ont des performances tr&egrave;s irr&eacute;guli&egrave;res aux items de comp&eacute;tence&nbsp;[51]. Ce dernier constat para&icirc;t assez logique. Les &eacute;l&egrave;ves moyens s&rsquo;attachent &agrave; faire leur m&eacute;tier d&rsquo;&eacute;l&egrave;ve et &agrave; fournir les bonnes r&eacute;ponses &agrave; ces items, mais ils ne disposent que d&rsquo;une ma&icirc;trise tr&egrave;s in&eacute;gale des savoirs de base. La conjonction de ressources intellectuelles lacunaires, de l&rsquo;intuition et d&rsquo;une longue exp&eacute;rience des &eacute;valuations ne leur permet d&egrave;s lors de r&eacute;pondre correctement que par intermittence.<\/p>\n<p>De tels constats invitent &agrave; se d&eacute;fier de toute rh&eacute;torique s&eacute;parant savoirs et savoir agir. Comme le note J-P Astolfi, &laquo;&nbsp;tout savoir authentique suppose un savoir-faire, dans la mesure o&ugrave; toute th&eacute;orie se travaille moyennant une certaine pratique th&eacute;orique&nbsp;&raquo;&nbsp;: tout savoir, si l&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re, implique un savoir penser, et conf&egrave;re ainsi les moyens de se confronter aux situations exigeant la d&eacute;tention de ce savoir. Et, r&eacute;ciproquement, &laquo;&nbsp;la plupart des savoir-faire contiennent des savoirs implicites, qu&rsquo;on nomme souvent savoirs d&rsquo;action ou savoirs-en-acte&nbsp;&raquo;&nbsp;[52]. Perrenoud lui-m&ecirc;me souligne que la plupart des comp&eacute;tences doivent mobiliser des connaissances&nbsp;; et il note que plus les savoirs s&rsquo;approfondissent, plus ils se transforment facilement en savoir agir.<\/p>\n<p>La difficult&eacute; est sans doute dans la polys&eacute;mie de la notion de savoir. Le lecteur de Perrenoud a souvent le sentiment qu&rsquo;il r&eacute;duit le savoir &agrave; une information, se donnant ainsi les moyens de consid&eacute;rer connaissances et comp&eacute;tences comme des instances s&eacute;par&eacute;es con&ccedil;ues sur le mod&egrave;le des oppositions information\/action ou id&eacute;e\/geste. Ainsi quand il oppose, pour reprendre l&rsquo;un de ses exemples, connaissances sur la langue et maniement de la langue&nbsp;[53].<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Acqu&eacute;rir une connaissance&nbsp;&raquo; peut-il &ecirc;tre identifi&eacute; &agrave; &laquo;&nbsp;m&eacute;moriser une information&nbsp;&raquo;&nbsp;? Ce peut &ecirc;tre le cas, par exemple si l&rsquo;on fait apprendre par c&oelig;ur la liste des d&eacute;partements de France. M&ecirc;me pour l&rsquo;&eacute;cole de la Troisi&egrave;me R&eacute;publique, c&rsquo;est cependant un cas limite. L&rsquo;entr&eacute;e dans les savoirs disciplinaires de la culture &eacute;crite implique une appropriation des connaissances qui va de pair avec l&rsquo;acquisition progressive d&rsquo;un &laquo;&nbsp;savoir manier&nbsp;&raquo; et d&rsquo;un &laquo;&nbsp;savoir produire&nbsp;&raquo;. Pour reprendre l&rsquo;exemple propos&eacute; par Perrenoud peut-on aussi facilement que cela s&eacute;parer et opposer l&rsquo;existence de &laquo;&nbsp;connaissances g&eacute;n&eacute;rales en fran&ccedil;ais&nbsp;&raquo; et la capacit&eacute; &agrave; les mobiliser&nbsp;? Que voudrait dire une connaissance de l&rsquo;orthographe et de la syntaxe qui ne saurait se manifester &agrave; l&rsquo;&eacute;crit&nbsp;? On peut certes s&rsquo;entra&icirc;ner sp&eacute;cifiquement &agrave; la production &eacute;crite (et devenir un artiste des constructions syntaxiques), comme on peut s&rsquo;efforcer de devenir un grand grammairien (en ayant accumul&eacute; un fort savoir th&eacute;orique sur la langue). Mais dans un cas comme dans l&rsquo;autre on devra toujours conjuguer, m&ecirc;me si c&rsquo;est &agrave; des degr&eacute;s divers, les connaissances th&eacute;oriques et les savoirs pratiques.<\/p>\n<p>Les apprentissages scolaires ne peuvent donc &ecirc;tre r&eacute;duits &agrave; la constitution de stocks d&rsquo;informations dans lesquels des comp&eacute;tences form&eacute;es parall&egrave;lement permettraient de venir puiser de fa&ccedil;on efficace. Ces apprentissages modifient la perception des situations, apprennent &agrave; les penser, et fournissent des &eacute;l&eacute;ments permettant de s&rsquo;y mouvoir intelligemment. On ne saurait dire cela, certes, de toutes les situations. On souscrira volontiers, &agrave; cet &eacute;gard, &agrave; la critique des comp&eacute;tences &laquo;&nbsp;g&eacute;n&eacute;rales&nbsp;&raquo; qu&rsquo;Astolfi et Perrenoud d&eacute;veloppent dans des termes tr&egrave;s proches. Souhaiter que les &eacute;l&egrave;ves sachent argumenter ou raisonner est louable&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mais argumente-t-on de la m&ecirc;me fa&ccedil;on en physique et en histoire&nbsp;? Raisonne-t-on pareillement en grammaire et en &eacute;conomie&nbsp;?&nbsp;&raquo;&nbsp;[54].<\/p>\n<p>Chaque mati&egrave;re scolaire engage la formation de tel ou tel type de comp&eacute;tences, permettant d&rsquo;affronter tel ou tel type de situations. Elle y r&eacute;ussit d&rsquo;autant mieux que les appropriations disciplinaires sont plus pouss&eacute;es&nbsp;; et aussi, bien s&ucirc;r, que les apprentissages sont con&ccedil;us, tout en respectant les contraintes des appropriations disciplinaires, en sorte de d&eacute;velopper la formation des comp&eacute;tences souhait&eacute;es. L&rsquo;apprentissage des langues &eacute;trang&egrave;res est souvent donn&eacute; en illustration du passage d&rsquo;un enseignement de savoirs (My taylor is rich, j&rsquo;apprends du vocabulaire et des r&egrave;gles de grammaire mais je ne sais pas parler) &agrave; la formation de comp&eacute;tences (j&rsquo;apprends &agrave; parler gr&acirc;ce aux laboratoires de langues, aux jeux interactifs, etc.). L&rsquo;exemple est effectivement int&eacute;ressant.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;accumulation de connaissances lexicales et syntaxiques est vraiment significative, la formation de la comp&eacute;tence orale ne prendra qu&rsquo;un petit temps d&rsquo;adaptation. Si elle est insuffisante, l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve ne saura pas parler dans la langue concern&eacute;e, mais il ne saura pas davantage la lire ni l&rsquo;&eacute;crire. Si &agrave; l&rsquo;inverse l&rsquo;enseignement devient essentiellement centr&eacute; sur l&rsquo;interaction orale, l&rsquo;&eacute;cole jouera le r&ocirc;le du s&eacute;jour prolong&eacute; dans le pays &eacute;tranger&nbsp;: l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve apprendra &agrave; parler, et le temps d&rsquo;adaptation une fois dans ce pays sera significativement raccourci. Qu&rsquo;en sera-t-il alors de son rapport &agrave; la langue &eacute;crite&nbsp;? Elle sera &agrave; la mesure sans aucun doute de celle qu&rsquo;il aura acquis concernant sa propre langue. Si cette derni&egrave;re est significative, elle lui donnera la distance r&eacute;flexive n&eacute;cessaire pour s&rsquo;approprier les r&egrave;gles de la langue &eacute;trang&egrave;re, et lui permettre d&rsquo;enrichir en retour ses comp&eacute;tences orales. On conviendra sans doute que la solution la plus efficace n&rsquo;est ni dans le tout &eacute;crit, ni dans le tout oral, mais dans une conception de l&rsquo;apprentissage qui ne sacrifie pas l&rsquo;indispensable apprentissage des codes, des r&egrave;gles de production des &eacute;nonc&eacute;s, tout en familiarisant l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve avec la pratique de l&rsquo;interlocution vivante.<\/p>\n<p>On ne peut d&egrave;s lors qu&rsquo;entendre la proposition d&rsquo;Astolfi d&rsquo;envisager les comp&eacute;tences &laquo;&nbsp;comme un point d&rsquo;arriv&eacute;e et non comme un point de d&eacute;part. Si on les postule d&rsquo;embl&eacute;e de fa&ccedil;on trop forte, elles risquent d&rsquo;&eacute;craser les contenus en les r&eacute;duisant &agrave; des occasions, sinon &agrave; de simples pr&eacute;textes pour les d&eacute;velopper. Par contre, une mise en regard d&rsquo;approches disciplinaires respect&eacute;es peut permettre de les construire d&rsquo;une fa&ccedil;on progressive&nbsp;&raquo;&nbsp;[55]. Sauf &agrave; renoncer &agrave; sa vocation la plus intime, autrement dit, l&rsquo;&eacute;cole ne peut apprendre &agrave; faire sans donner en m&ecirc;me temps les moyens de penser ce qu&rsquo;elle apprend &agrave; faire, en s&rsquo;interdisant de soumettre le d&eacute;veloppement de la pens&eacute;e aux strictes exigences du savoir faire.<\/p>\n<p>Au bout du compte, oui, il est l&eacute;gitime que l&rsquo;&eacute;cole se pose la question de la formation des comp&eacute;tences. Non, certes, &agrave; destination des &eacute;l&egrave;ves-en-difficult&eacute;, dans une vis&eacute;e utilitariste &agrave; courte vue, mais comme une question qui concerne tous ses publics. Et pas davantage comme une action p&eacute;dagogique ind&eacute;pendante, s&eacute;par&eacute;e de l&rsquo;apprentissage des savoirs. Mais dans le cadre global d&rsquo;une programmation des mati&egrave;res d&rsquo;enseignement, qui tout &agrave; la fois assure une r&eacute;elle appropriation des bases de la discipline, du point de vue propre qu&rsquo;elle jette sur son objet, et prend en consid&eacute;ration l&rsquo;usage que le futur adulte devra pouvoir faire des connaissances concern&eacute;es en tant que personne, que professionnel, que citoyen.<\/p>\n<p><i>Comp&eacute;tences et culture commune<\/i><\/p>\n<p>Autant dire que la programmation de la culture commune transmise &agrave; tous dans une &eacute;cole d&eacute;mocratique doit tenir ensemble, dans chaque secteur de connaissance, ces deux objectifs&nbsp;:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp;constituer une pr&eacute;paration suffisante pour ceux des &eacute;l&egrave;ves qui souhaiteront se sp&eacute;cialiser dans l&rsquo;approfondissement de la discipline concern&eacute;e, &agrave; l&rsquo;issue du tronc commun<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp;permettre &agrave; tous les autres de se confronter aux pratiques sociales qui mettent ce savoir disciplinaire en jeu, que ce soit pour g&eacute;rer leur vie personnelle ou pour intervenir en connaissance de cause suffisante dans les d&eacute;bats et conflits suscit&eacute;s par ces pratiques sociales.<\/p>\n<p>Concernant le second de ces objectifs, les observations de Ph. Perrenoud m&eacute;ritent l&rsquo;attention. Ainsi s&rsquo;interroge-t-il concernant les programmes de chimie&nbsp;: &laquo;&nbsp;Nos contemporains ont-ils les connaissances n&eacute;cessaires pour comprendre la composition des aliments qu&rsquo;ils absorbent, les effets des m&eacute;dicaments ou des drogues qu&rsquo;ils prennent, les risques inh&eacute;rents aux produits qu&rsquo;ils s&rsquo;appliquent sur la peau, les dangers que certaines substances ou certains jouets font courir &agrave; leurs enfants&nbsp;? On peut en douter. M&ecirc;me quelqu&rsquo;un qui a son baccalaur&eacute;at est loin d&rsquo;avoir toutes les connaissances n&eacute;cessaires pour comprendre la chimie &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans notre vie quotidienne&nbsp;&raquo;&nbsp;[56].<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;La recherche biologique et l&rsquo;industrie, &eacute;crit-il encore, transforment la vie humaine &agrave; large &eacute;chelle et cela ne peut que s&rsquo;acc&eacute;l&eacute;rer. Il appara&icirc;t pertinent que la biologie, la &laquo;&nbsp;science de la vie (bio)&nbsp;&raquo;, permette d&rsquo;en avoir un minimum de compr&eacute;hension, ce qui suppose assez souvent des connexions avec d&rsquo;autres disciplines, chimie et physique sans doute, mais aussi m&eacute;decine, droit et sciences sociales&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Et il note, concernant la physique&nbsp;:<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Il faut faire la part des connaissances physiques qui nous aident &agrave; comprendre les enjeux de soci&eacute;t&eacute; tels que&nbsp;:<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; l&rsquo;&eacute;puisement des &eacute;nergies non renouvelables&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; les risques du nucl&eacute;aire civil et de ses d&eacute;chets radioactifs&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; les risques du nucl&eacute;aire militaire et d&rsquo;autres armes de destruction massive&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; les risques radiologiques dans le domaine de la sant&eacute; ou de la s&eacute;curit&eacute;&nbsp;:<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; la densification des ondes &eacute;lectromagn&eacute;tiques dans l&rsquo;atmosph&egrave;re&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; le r&eacute;chauffement de la plan&egrave;te, l&rsquo;effet de serre, les d&eacute;r&egrave;glements climatiques&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; l&rsquo;&eacute;puisement des mati&egrave;res premi&egrave;res&nbsp;;<br \/>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"-\" data-mce-=\"\" height=\"11\" src=\"http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-68c92.gif\" width=\"8\" \/>&nbsp; les catastrophes naturelles (&eacute;ruptions volcaniques, tsunamis, secousses sismiques, inondations)&nbsp;&raquo;&nbsp;[57].<\/p>\n<p>La programmation d&rsquo;une &eacute;cole d&eacute;mocratique devra assur&eacute;ment prendre de telles pr&eacute;occupations en compte, en ayant garde toutefois qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;adapter les futurs citoyens aux exigences d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; hyper technicis&eacute;e, en leur donnant des moyens minimaux de d&eacute;crypter l&rsquo;univers qui les entoure. Ne devrait-on pas concevoir en ce sens, par exemple, un enseignement de la technologie qui serait &agrave; la fois pluridisciplinaire et synth&eacute;tique. C&rsquo;est ce que propose Yves-Claude Lequin, au nom du GRDS&nbsp;: &laquo;&nbsp;Qu&rsquo;elle soit geste, outil, machine, pourquoi telle technique a-t-elle &eacute;t&eacute; &eacute;labor&eacute;e&nbsp;? Selon quelles repr&eacute;sentations de l&rsquo;acte ou du travail &agrave; op&eacute;rer&nbsp;? Qui la diffuse&nbsp;? A quelles fins&nbsp;? Quelle est sa place et son sens dans notre vie et notre culture&nbsp;? L&rsquo;enseignement de la technologie dans l&rsquo;&eacute;cole commune consid&eacute;rera la technique en sa globalit&eacute;, ses potentialit&eacute;s et ses contradictions, sur une longue dur&eacute;e, sans l&rsquo;isoler des &eacute;volutions sociales qui la g&eacute;n&egrave;rent&nbsp;&raquo;&nbsp;[58].<\/p>\n<p>On conviendra peut-&ecirc;tre en effet que la formation de la capacit&eacute; des citoyens &agrave; peser sur les grands choix scientifiques et techniques de la soci&eacute;t&eacute; de demain est un enjeu d&eacute;mocratique primordial, tant peut inqui&eacute;ter le foss&eacute; qui ne cesse de se creuser entre les avanc&eacute;es de la connaissance, les usages qui en sont fait, leur impact sur la plan&egrave;te, et une culture de masse qui s&rsquo;offre &agrave; toutes les manipulations et que l&rsquo;&eacute;cole ne parvient pas &agrave; bousculer. Le bavardage &agrave; cet &eacute;gard d&rsquo;un Rifkin sur une &eacute;cole &agrave; venir vou&eacute;e &agrave; l&rsquo;adoration b&eacute;ate des nouvelles technologies n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs vraiment rien pour rassurer&nbsp;[59].<\/p>\n<p>Face &agrave; l&rsquo;utilitarisme envahissant de politiques scolaires qui inclinent &agrave; r&eacute;duire la transmission des savoirs &agrave; ce qui est strictement indispensable &agrave; la pr&eacute;paration &agrave; l&rsquo;emploi, et vouent la princesse de Cl&egrave;ves aux poubelles de l&rsquo;histoire, la d&eacute;termination des contenus scolaires devient un enjeu politique crucial. Face &laquo;&nbsp;aux logiques folles qui font que n&rsquo;est plus d&eacute;sormais sans vraisemblance l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; inou&iuml;e d&rsquo;une d&eacute;shumanisation finale de l&rsquo;histoire humaine&nbsp;&raquo;, et que d&eacute;nonce Lucien S&egrave;ve&nbsp;[60], l&rsquo;&eacute;cole a un r&ocirc;le essentiel &agrave; jouer.<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;Il ne saurait suffire, poursuit l&rsquo;auteur, de cr&eacute;er les conditions &eacute;conomico-sociales et politico-juridiques objectives instituant les producteurs individuels d&eacute;tenteurs associ&eacute;s des moyens de production et d&rsquo;&eacute;change pour que tout s&rsquo;en trouve aussit&ocirc;t m&eacute;tamorphos&eacute;&nbsp;; encore faut-il que se soient form&eacute;es et continuent de se d&eacute;velopper chez eux, individuellement et collectivement, les comp&eacute;tences subjectives n&eacute;cessaires pour bien mettre en &oelig;uvre ces pouvoirs nouveaux, les capacit&eacute;s appropriatives permettant de r&eacute;sorber l&rsquo;ali&eacute;nation de puissances sociales devenues sans ma&icirc;tre&nbsp;&raquo;&nbsp;[61].<\/p>\n<p>L&rsquo;&eacute;cole peut contribuer &agrave; la formation de ces &laquo;&nbsp;capacit&eacute;s appropriatives&nbsp;&raquo;, et &agrave; l&rsquo;entreprise de r&eacute;humanisation du monde, en donnant &agrave; ses publics les moyens intellectuels de s&rsquo;en rendre ma&icirc;tres, de comprendre non seulement comment il fonctionne mais pourquoi il est comme il est et comment il pourrait &ecirc;tre autrement. La culture commune diffus&eacute;e par une &eacute;cole d&eacute;mocratique pourrait-elle ne pas viser un tel objectif, ne pas avoir en ligne de mire la formation des &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; n&eacute;cessaires &agrave; l&rsquo;instauration d&rsquo;une v&eacute;ritable souverainet&eacute; populaire&nbsp;?<\/p>\n<p>Ce second imp&eacute;ratif nous invite &agrave; pr&ecirc;ter la plus grande attention au contenu m&ecirc;me de la qualification des personnes, qui passe pour partie non n&eacute;gligeable par la formation scolaire initiale, et continue ensuite de se forger au travers de l&rsquo;exp&eacute;rience du travail et de la vie sociale.<\/p>\n<\/div>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p>[1] Sachant que la formation des comp&eacute;tences implique des changements tant dans les modalit&eacute;s que dans les contenus de la transmission p&eacute;dagogique.<\/p>\n<p>[2] Philippe Perrenoud, <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, ESF &eacute;diteur, Issy-les-Moulineaux, 1997, p. 93.<\/p>\n<p>[3] Les analyses qui suivent s&rsquo;appuient sur un travail collectif men&eacute; au GRDS, auquel ont notamment particip&eacute;, outre le r&eacute;dacteur de ces lignes, Yves Baunay, Alain Becker, Janine Reichstadt, Jos&eacute; Tovar.<\/p>\n<p>[4] L&rsquo;activit&eacute; du Plan, rel&egrave;ve Lucie Tanguy, conduit &agrave; &laquo;&nbsp;admettre sur la sc&egrave;ne publique la n&eacute;cessit&eacute; de lier l&rsquo;&eacute;ducation &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie&nbsp;&raquo;, et &agrave; promouvoir &laquo;&nbsp;la notion de formation en lieu et place de celle d&rsquo;&eacute;ducation&nbsp;&raquo;, en la faisant &laquo;&nbsp;appara&icirc;tre comme une grandeur mesurable au fondement de la qualification&nbsp;&raquo;, cf. &laquo;&nbsp;La mise en &eacute;quivalence de la formation avec l&rsquo;emploi dans les IV&egrave;me et V&egrave;me Plans (1962-1970)&nbsp;&raquo;, <i>Revue fran&ccedil;aise de sociologie<\/i>, vol.43, n&deg;4, 2002. Voir sur cette mutation historique Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Cl&eacute;ment, Guy Dreux, <i>La Nouvelle &eacute;cole capitaliste<\/i>, La D&eacute;couverte, Paris, 2011, notamment le chapitre 7.<\/p>\n<p>[5] Cette prise en charge croissante de la formation professionnelle a &eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par par la scolarisation des formations en alternance au sein du service public d&rsquo;&eacute;ducation plut&ocirc;t que sous le contr&ocirc;le direct des entreprises, cf. Gilles Moreau, <i>Le monde apprenti<\/i>, La Dispute, Paris, 2003.<\/p>\n<p>[6] Pour &eacute;viter toute m&eacute;prise sur le sens de notre propos, rappelons la part d&rsquo;illusion contenue dans toute politique visant &agrave; asservir la formation &agrave; l&rsquo;emploi. Voir &agrave; cet &eacute;gard Lucie Tanguy (dir.), <i>L&rsquo;introuvable relation formation-emploi<\/i>, La Documentation fran&ccedil;aise, Paris, 1986.<\/p>\n<p>[7] <i>La strat&eacute;gie de l&rsquo;OCDE pour l&rsquo;emploi<\/i>, vol. 1, 1996. Voir &agrave; ce sujet <i>Le Nouvel ordre &eacute;ducatif mondial<\/i>, Institut de recherches de la FSU, Syllepse\/Nouveaux Regards, Paris, 2002.<\/p>\n<p>[8] Christian Laval, <i>L&rsquo;&eacute;cole n&rsquo;est pas une entreprise<\/i>, La D&eacute;couverte, Paris, 2004, p. 43.<\/p>\n<p>[9] OCDE, &laquo;&nbsp;Investing in competencies for all&nbsp;&raquo;, communiqu&eacute; de la r&eacute;union des ministres de l&rsquo;&Eacute;ducation, avril 2001.<\/p>\n<p>[10] Voir Ken Jones (dir.), <i>L&rsquo;&eacute;cole en Europe. Politiques n&eacute;olib&eacute;rales et r&eacute;sistances collectives<\/i>, La Dispute, Paris, 2011, notamment chapitre 2.<\/p>\n<p>[11] Voir Claude Leli&egrave;vre, &laquo;&nbsp;Un socle commun pour un coll&egrave;ge unique&nbsp;&raquo;, <i>Cahiers de la CERF<\/i>, n&deg;&nbsp;45, 2003.<\/p>\n<p>[12] Voir Pierre Bourdieu, &laquo;&nbsp;L&rsquo;&eacute;cole conservatrice&nbsp;&raquo;, <i>Revue fran&ccedil;aise de sociologie<\/i>, vol. VII, 1966&nbsp;; Christian Baudelot et Roger Establet,<i> L&rsquo;&eacute;cole capitaliste en France<\/i>, Maspero, Paris, 1971.<\/p>\n<p>[13] Si la &laquo;&nbsp;seconde explosion scolaire&nbsp;&raquo; (1985\/1994) a r&eacute;duit le nombre de sorties sans dipl&ocirc;me (de 240 000 &agrave; 120 000 environ), elle en laisse subsister une proportion non n&eacute;gligeable.<\/p>\n<p>[14] Cette hypoth&egrave;se est avanc&eacute;e par Ang&eacute;lique del Rey, voir <i>&Agrave; l&rsquo;&eacute;cole des comp&eacute;tences<\/i>, La D&eacute;couverte, Paris 2010.<\/p>\n<p>[15] Voir la belle recherche de Pierre Cl&eacute;ment, <i>R&eacute;former les programmes pour changer l&rsquo;&eacute;cole&nbsp;? Une sociologie historique du champ du pouvoir scolaire<\/i>, th&egrave;se pour le doctorat de science de l&rsquo;&eacute;ducation, Universit&eacute; Jules Verne, Amiens, 2013.<\/p>\n<p>[16] Au nom de ce pluralisme, certains enseignants pr&ocirc;naient la privatisation et la mise en concurrence des &eacute;tablissements, le compromis s&rsquo;&eacute;tant &eacute;tabli sur le principe de leur autonomie.<\/p>\n<p>[17] Voir Pierre Cl&eacute;ment, ibid.<\/p>\n<p>[18] Christian Baudelot et Roger Establet, <i>Le Niveau monte<\/i>, Le Seuil, Paris, 1989.<\/p>\n<p>[19] Fran&ccedil;ois Dubet (dir.), <i>Le coll&egrave;ge de l&rsquo;an 2000<\/i>, La Documentation fran&ccedil;aise, Paris, 1999.<\/p>\n<p>[20] Voir notamment Fran&ccedil;ois Dubet, <i>L&rsquo;&eacute;cole des chances, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une &eacute;cole juste&nbsp;?<\/i> Le Seuil, Paris, 2004.<\/p>\n<p>[21] Claude Leli&egrave;vre, &laquo;&nbsp;Un socle commun pour un coll&egrave;ge unique&nbsp;&raquo;, art. cit&eacute;&nbsp;; et <i>L&rsquo;&eacute;cole obligatoire, pour quoi faire&nbsp;?<\/i>, Retz, Paris, 2004.<\/p>\n<p>[22] Philippe Perrenoud, &laquo;&nbsp;Enseigner des savoirs ou d&eacute;velopper des comp&eacute;tences&nbsp;: l&rsquo;&eacute;cole entre deux paradigmes&nbsp;&raquo;, in Alain Bentolila (dir.), <i>Savoirs et savoir-faire<\/i>, Nathan, Paris, 1995&nbsp;; <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, ESF &Eacute;diteur, Issy-les-Moulineaux, 1997&nbsp;; <i>Quand l&rsquo;&eacute;cole pr&eacute;tend pr&eacute;parer &agrave; la vie<\/i>, ESF &Eacute;diteur, Issy-les-Moulineaux, 2011.<\/p>\n<p>[23] Voir Jos&eacute; Tovar, <i>Gen&egrave;se du projet du PS pour l&rsquo;&eacute;ducation. De l&rsquo;appel de la Ligue de l&rsquo;enseignement en 2000 &agrave; l&rsquo;Appel de Bobigny en 2010<\/i>, www.democratisation-scolaire.fr.<\/p>\n<p>[24] Voir Jos&eacute; Tovar, ibid.<\/p>\n<p>[25] Philippe Perrenoud, <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, op. cit&eacute;.<\/p>\n<p>[26] Voir notamment &agrave; cet &eacute;gard Fran&ccedil;oise Rop&eacute; et Lucie Tanguy,<i> Savoirs et comp&eacute;tences. De l&rsquo;usage de ces notions dans l&rsquo;&eacute;cole et dans l&rsquo;entreprise<\/i>, L&rsquo;Harmattan, Paris, 1994.<\/p>\n<p>[27] Bernard Rey, <i>Faire la classe &agrave; l&rsquo;&eacute;cole &eacute;l&eacute;mentaire<\/i>, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2010. Voir &eacute;galement Bernard Rey et alii, <i>Les comp&eacute;tences &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, Apprentissage et &eacute;valuation<\/i>, De Boeck, Bruxelles, 2010.<\/p>\n<p>[28] Claude L&eacute;vi-Strauss, <i>La Pens&eacute;e sauvage<\/i>, Plon, Paris, 1962, p. 5.<\/p>\n<p>[29] Gaston Bachelard, <i>Le Nouvel esprit scientifique<\/i>, PUF, Paris, 1968 (1934), p. 6.<\/p>\n<p>[30] C&rsquo;est bien cette exigence que souligne pour sa part Jean-Pierre Astolfi, lorsqu&rsquo;il appelle &agrave; faire la diff&eacute;rence entre les probl&egrave;mes qui font sens pour les &eacute;l&egrave;ves et ceux qui ont une signification pertinente pour la connaissance. Partir d&rsquo;un probl&egrave;me qui fait sens pour les &eacute;l&egrave;ves pourra les sensibiliser et les mobiliser, mais peut en m&ecirc;me temps court-circuiter le probl&egrave;me scientifique&nbsp;: le savoir vis&eacute; ne sera plus alors atteint comme un r&eacute;sultat de l&rsquo;activit&eacute; intelligente des &eacute;l&egrave;ves, mais devra &ecirc;tre d&eacute;livr&eacute; comme un savoir achev&eacute;. Le constructivisme p&eacute;dagogique n&rsquo;a d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, au bout du compte, que s&rsquo;il permet aux &eacute;l&egrave;ves de s&rsquo;approprier la position scientifique du probl&egrave;me&hellip; Jean-Pierre Astolfi, <i>La Saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d&rsquo;apprendre<\/i>, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008.<\/p>\n<p>[31] Voir Claude Leli&egrave;vre, &laquo;&nbsp;Un socle commun pour un coll&egrave;ge unique&nbsp;&raquo;, art. cit&eacute;.<\/p>\n<p>[32] Les ouvrages de Philippe Perrenoud sont cit&eacute;s in note 21 ci-dessus.<\/p>\n<p>[33] <i>Quand l&rsquo;&eacute;cole pr&eacute;tend pr&eacute;parer &agrave; la vie<\/i>, op. cit., p. 19.<\/p>\n<p>[34] Ibid., p. 20.<\/p>\n<p>[35] Ibid., pp. 173 et 174.<\/p>\n<p>[36] Ibid., p. 19.<\/p>\n<p>[37] Tristan Poullaouec, <i>Le Dipl&ocirc;me, arme des faibles<\/i>, La Dispute, Paris, 2010.<\/p>\n<p>[38] <i>Quand l&rsquo;&eacute;cole pr&eacute;tend pr&eacute;parer &agrave; la vie<\/i>, op. cit., p. 115. Il est frappant de retrouver point par point, dans ces propos, la d&eacute;marche des promoteurs de la r&eacute;novation de l&rsquo;enseignement du fran&ccedil;ais au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, voir Jean-Pierre Terrail, <i>Enseignement &eacute;l&eacute;mentaire&nbsp;: les le&ccedil;ons de l&rsquo;exp&eacute;rience<\/i>, http:\/\/www.democratisation-scolaire.fr\/spip.php&nbsp;?article133<\/p>\n<p>[39] Rappelons que de 1987 &agrave; 1997, selon la DEPP-MEN, les performances des &eacute;l&egrave;ves &agrave; la sortie du primaire restent stables, et qu&rsquo;elles r&eacute;gressent entre 1997 et 2007.<\/p>\n<p>[40] Philippe Perrenoud, <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, op. cit.<\/p>\n<p>[41] Bernard Rey, <i>Les Comp&eacute;tences &agrave; l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, op. cit.<\/p>\n<p>[42] Voir &agrave; cet &eacute;gard GRDS, <i>L&rsquo;&Eacute;cole commune<\/i>, La Dispute, Paris, 2012, chapitre 2.<\/p>\n<p>[43] C. Lannoye et alii, <i>L&rsquo;&eacute;cole vit&#8230; au rythme de ses tensions<\/i>, De Boeck &Eacute;ducation, Bruxelles, 1999 (cit&eacute; par Nico Hirtt, &laquo;&nbsp;L&rsquo;approche par comp&eacute;tences&nbsp;: une mystification p&eacute;dagogique&nbsp;&raquo;, <i>L&rsquo;&eacute;cole d&eacute;mocratique<\/i>, n&deg;&nbsp;39, 2009. On peut noter qu&rsquo;en France l&rsquo;IGEN, dans un rapport de juin 2011 (<i>Les livrets de comp&eacute;tences, nouveaux outils pour l&rsquo;&eacute;valuation des savoirs<\/i>), soutient que l&rsquo;APC doit &laquo;&nbsp;lutter contre la fragmentation des apprentissages (&hellip;) en redonnant &agrave; ceux-ci une finalit&eacute; visible&nbsp;&raquo;. Mais c&rsquo;est l&agrave; confondre, comme le d&eacute;plorait Astolfi, probl&egrave;mes qui font sens pour les &eacute;l&egrave;ves (&agrave; &laquo;&nbsp;finalit&eacute; visible&nbsp;&raquo;) et probl&egrave;mes dont la signification est pertinente pour la connaissance, qui seuls peuvent en effet assurer la coh&eacute;rence des savoirs.<\/p>\n<p>[44] Philippe Perrenoud, <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, op. cit., p. 51.<\/p>\n<p>[45] Philippe Perrenoud, <i>Quand l&rsquo;&eacute;cole pr&eacute;tend pr&eacute;parer &agrave; la vie<\/i>, op. cit., pp. 201-202.<\/p>\n<p>[46] Leur d&eacute;saveu a &eacute;t&eacute; port&eacute; en place publique par le sondage FSU-SOFRES de 2002 (donnant une moyenne de 54% d&rsquo;enqu&ecirc;t&eacute;s oppos&eacute;s au coll&egrave;ge unique, et sensiblement plus parmi les seuls professeurs de coll&egrave;ge). Il a alors frapp&eacute; les esprits, mais en r&eacute;alit&eacute; il a toujours &eacute;t&eacute; majoritaire.<\/p>\n<p>[47] &Agrave; consulter ainsi, dans la rubrique <i>Exp&eacute;rimentations<\/i>, les interventions de Nicolas Kaczmarek, &laquo;&nbsp;Ensemble, pour reprendre la main sur le m&eacute;tier&nbsp;&raquo;, qui d&eacute;crit la cr&eacute;ation d&rsquo;un &laquo;&nbsp;atelier p&eacute;dagogique&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;espace d&rsquo;&eacute;changes entre enseignants sans pr&eacute;sence hi&eacute;rarchique&nbsp;&raquo; permettant de d&eacute;battre sur le sens du m&eacute;tier, les pratiques des uns et des autres, etc.&nbsp;; de Marc-Olivier Sephiha, &laquo;&nbsp;Traiter les dysorthographies au coll&egrave;ge&nbsp;?&nbsp;&raquo;, relatant la mise en place d&rsquo;ateliers o&ugrave; les &eacute;l&egrave;ves de 6&egrave;me sont invit&eacute;s &agrave; r&eacute;apprendre &agrave; lire et &agrave; &eacute;crire&nbsp;; de Sylvain Maranger, &eacute;voquant le fonctionnement d&rsquo;un &laquo;&nbsp;atelier pluridisciplinaire de fabrication de le&ccedil;ons&nbsp;&raquo; qui r&eacute;unit r&eacute;guli&egrave;rement le tiers des enseignants du coll&egrave;ge concern&eacute;&hellip;<\/p>\n<p>[48] On pense ici aux travaux de Georges H. Mead, ou de Mikhail Bakhtine.<\/p>\n<p>[49] Jean-Pierre Astolfi, <i>La Saveur des savoirs<\/i>, op. cit., p. 106.<\/p>\n<p>[50] Ibidem, p. 104.<\/p>\n<p>[51] &Eacute;lisabeth Bautier, Jacques Crinon, Patrick Rayou, Jean-Yves Rochex, &laquo;&nbsp;Performances en litt&eacute;racie, modes de faire et univers mobilis&eacute;s par les &eacute;l&egrave;ves&nbsp;: analyses secondaires de l&rsquo;enqu&ecirc;te PISA 2000&nbsp;&raquo;, <i>Revue fran&ccedil;aise de p&eacute;dagogie<\/i>, n&deg;&nbsp;157, 2006.<\/p>\n<p>[52] Jean-Pierre Astolfi, op. cit. p. 107.<\/p>\n<p>[53] In <i>Construire des comp&eacute;tences d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole<\/i>, op. cit.<\/p>\n<p>[54] Jean-Pierre Astolfi, op. cit. p. 105.<\/p>\n<p>[55] Ibid., p. 107.<\/p>\n<p>[56] Philippe Perrenoud, <i>Quand l&rsquo;&eacute;cole pr&eacute;tend pr&eacute;parer &agrave; la vie<\/i>, op. cit., p. 104.<\/p>\n<p>[57] Ibid., pp. 103 et 106.<\/p>\n<p>[58] Yves-Claude Lequin, <i>Technique et technologie dans l&rsquo;&eacute;cole commune, premi&egrave;res propositions<\/i>, 2012, www.democratisation-scolaire.fr<\/p>\n<p>[59] Jeremy Rifkin, <i>La troisi&egrave;me r&eacute;volution industrielle. Comment le pouvoir lat&eacute;ral va transformer l&rsquo;&eacute;nergie, l&rsquo;&eacute;conomie et le monde<\/i>, Les liens qui lib&egrave;rent, Paris, 2012.<\/p>\n<p>[60] Lucien S&egrave;ve, <i>Ali&eacute;nation et &eacute;mancipation<\/i>, La Dispute, Paris, 2012, p. 3.<\/p>\n<p>[61] Lucien S&egrave;ve, <i>Ali&eacute;nation et &eacute;mancipation<\/i>, La Dispute, Paris, 2012, p. 68.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un article en d&eacute;bat sur le site du GRDS : La loi Fillon de 2005 porte l&rsquo;objectif du &laquo;&nbsp;socle commun&nbsp;&raquo;, la formation de &laquo;&nbsp;comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;, l&rsquo;usage d&rsquo;un &laquo;&nbsp;livret de comp&eacute;tences&nbsp;&raquo; au fronton de la nouvelle politique scolaire. C&rsquo;est une &eacute;tape marquante &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/2013\/07\/26\/que-faire-avec-le-socle-et-les-competences\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Que faire avec le &quot;socle&quot; et les &quot;comp\u00e9tences&quot; ?<\/span> Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1462","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-numerique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1462","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1462"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1462\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1462"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1462"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1462"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}