{"id":1523,"date":"2013-09-03T01:02:02","date_gmt":"2013-09-03T01:02:02","guid":{"rendered":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/?p=1523"},"modified":"2013-09-03T01:02:02","modified_gmt":"2013-09-03T01:02:02","slug":"plaidoyer-pour-une-formation-polytechnique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/libreduc.cc\/blog\/astuce\/2013\/09\/03\/plaidoyer-pour-une-formation-polytechnique\/","title":{"rendered":"Plaidoyer pour une formation polytechnique"},"content":{"rendered":"<div data-canvas-width=\"44.800001335144046\" data-font-name=\"Courier\" dir=\"ltr\" style=\"font-size: 18.6667px; font-family: monospace; left: 374.453px; top: 368.667px; transform: scale(1.01818, 1); transform-origin: 0% 0% 0px;\">Intervention de N. Hirtt &agrave; la journ&eacute;e d&#39;&eacute;tude du 2 mars 2013<\/div>\n<div class=\"logo gauche\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"spip_logos\" height=\"113\" src=\"http:\/\/www.skolo.org\/IMG\/arton1541.jpg\" style=\"float: left;\" width=\"150\" \/>L&rsquo;an dernier, l&rsquo;ancien ministre MR de l&rsquo;Enseignement, Pierre Hazette, s&rsquo;&eacute;levait dans le journal Le Soir contre les projets de prolongation du premier degr&eacute; commun. L&rsquo;essentiel de son son argumentation tenait en ceci&nbsp;:<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-1541 texte\">\n<p><i>&laquo;&nbsp;Les enfants sortent (du primaire) avec des aptitudes diff&eacute;rentes&#8230; Certains sont porteurs de ce que j&rsquo;appelle l&rsquo;intelligence de la main avant que se d&eacute;veloppe une autre forme d&rsquo;intelligence. Ceux qui voudraient s&rsquo;exprimer par l&rsquo;apprentissage de techniques, de m&eacute;tiers, on n&rsquo;a rien &agrave; leur proposer.&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Il n&rsquo;y a pas, chez nous, d&rsquo;effort de revalorisation du technique et du professionnel autrement que dans de beaux discours.&nbsp;&raquo;<\/i><\/p>\n<p>Plus pr&egrave;s de nous, dans une note d&rsquo;orientation au Gouvernement de la Communaut&eacute; fran&ccedil;aise que de nombreux vents favorables avaient d&eacute;pos&eacute; dans de multiples r&eacute;dactions, Mme&nbsp;Simonet rappelait ce qui figurait d&eacute;j&agrave; dans la d&eacute;claration de politique communautaire, &agrave; savoir qu&rsquo;elle entendait&#8230;<\/p>\n<p><i>&laquo;&nbsp;Consolider le tronc commun pour tous jusqu&rsquo;&agrave; 14 ans&nbsp;&raquo;<\/i><\/p>\n<p>Pour ce faire&nbsp;:<\/p>\n<p><i>&laquo;&nbsp;Le premier degr&eacute; ne peut &ecirc;tre un lieu de formatage d&rsquo;une intelligence exclusivement verbale, abstraite, sp&eacute;culative&nbsp;&raquo;<\/i><\/p>\n<p>Il faut au contraire<\/p>\n<p><i>&laquo;&nbsp;&#8230;faire &eacute;merger des dynamique proposant des parcours diff&eacute;renci&eacute;s, adapt&eacute;s (&agrave; des) intelligences multiples&nbsp;&raquo;.<\/i><\/p>\n<p>Et de conclure&nbsp;:<\/p>\n<p><i>&laquo;&nbsp;<strong>Un renforcement du tronc commun ne doit pas le rendre plus &laquo;&nbsp;g&eacute;n&eacute;ral&nbsp;&raquo; mais lui donner un sens pluridisciplinaire, polytechnique<\/strong>&nbsp;&raquo;<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voil&agrave; deux discours qui nous proposent des politiques contradictoires &mdash; la suppression du premier degr&eacute; commun pour M.&nbsp;Hazette, son renforcement pour Mme&nbsp;Simonet &mdash; mais qui visent n&eacute;anmoins le m&ecirc;me objectif &mdash;&nbsp;la revalorisation des fili&egrave;res qualifiantes &mdash; et, surtout, qui tiennent le m&ecirc;me discours id&eacute;ologico-p&eacute;dagogique sur la multiplicit&eacute; des intelligences, la distinction entre intelligence &laquo;&nbsp;abstraite&nbsp;&raquo; et intelligence &laquo;&nbsp;pratique&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Cette mani&egrave;re de figer l&rsquo;intelligence dans des formes pr&eacute;d&eacute;finies me semble particuli&egrave;rement scabreuse, d&eacute;pass&eacute;e et en tout cas inop&eacute;rante dans le d&eacute;bat concernant les fili&egrave;res et le tronc commun. Si l&rsquo;on tient &agrave; distinguer diff&eacute;rentes formes d&rsquo;intelligence, pourquoi alors se limiter &agrave; ces deux formes-l&agrave;&nbsp;? A l&rsquo;int&eacute;rieur m&ecirc;me de l&rsquo;intelligence dite &laquo;&nbsp;th&eacute;orique&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;abstraite&nbsp;&raquo;, il conviendra sans doute de ne pas confondre la m&eacute;ditation pure avec les intelligences &laquo;&nbsp;math&eacute;matique&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;scientifique&nbsp;&raquo;, les intelligences &laquo;&nbsp;philosophique&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;&eacute;conomique&nbsp;&raquo; ou encore l&rsquo;intelligence &laquo;&nbsp;th&eacute;&acirc;trale&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;po&eacute;tique&nbsp;&raquo;. Mais pareillement, ne pourrait-on pas distinguer des intelligences &laquo;&nbsp;esth&eacute;tique&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;sportive&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;militaire, &laquo;&nbsp;religieuse&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;citoyenne&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;sociale&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;politique&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;agricole&nbsp;&raquo; et bien d&rsquo;autres encore.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;avais 12 ans, les experts du PMS qui m&rsquo;avaient auscult&eacute; sous toutes les coutures, d&eacute;conseillaient vivement &agrave; mes parents de m&rsquo;orienter vers une section math&eacute;matique ou scientifique &eacute;tant donn&eacute; mon incapacit&eacute; r&eacute;currente &agrave; citer correctement les tables de multiplication. 45 ans plus tard je suis un professeur de math et de physique combl&eacute;, qui adore l&rsquo;alg&egrave;bre m&ecirc;me s&rsquo;il doit encore parfois se tourner vers ses &eacute;l&egrave;ves pour leur demander combien font 6 fois 7&#8230; Sans doute faudra-t-il donc se r&eacute;soudre &agrave; d&eacute;terminer diff&eacute;rentes formes d&rsquo;intelligence math&eacute;matique &mdash;&nbsp;arithm&eacute;tique, g&eacute;om&eacute;trique, alg&eacute;brique, &laquo;&nbsp;ensemblique&nbsp;&raquo;&#8230; &mdash; et, en fonction du rapport des &eacute;l&egrave;ves &agrave; ces formes d&rsquo;intelligence, les orienter plus t&ocirc;t (selon la version lib&eacute;rale-r&eacute;actionnaire) ou pratiquer de la p&eacute;dagogie diff&eacute;renci&eacute;e, mettre en oeuvre des plans individuels d&rsquo;apprentissage (selon la version pseudo-progressiste &agrave; la mode).<\/p>\n<p>Qui plus est, il n&rsquo;aura pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; Mr&nbsp;Hazette et &agrave; Mme&nbsp;Simonet que les formations techniques et professionnelles actuelles ne font souvent plus appel &agrave; la dext&eacute;rit&eacute; manuelle ou &agrave; la force physique, mais bien davantage &agrave; des capacit&eacute;s pr&eacute;cis&eacute;ment th&eacute;oriques et abstraites. Ce qui distingue le bon &eacute;lectricien, ce n&rsquo;est plus son habilet&eacute; dans le maniement du tournevis ou de la pince &agrave; d&eacute;nuder le fil, mais plut&ocirc;t sa compr&eacute;hension des principes du c&acirc;blage &eacute;lectrique ou de la communication entre appareils dans un r&eacute;seau domotique. Qu&rsquo;y a-t-il donc de commun entre les intelligences requises pour devenir &eacute;ducateur, coiffeur, m&eacute;canicien auto, secr&eacute;taire, agent de tourisme ou ma&ccedil;on&nbsp;? Toutes ces fili&egrave;res de qualification peuvent-elles se r&eacute;duire &agrave; une commune &laquo;&nbsp;intelligence de la main&nbsp;&raquo;&nbsp;?<\/p>\n<p>A vrai dire, ces discours sur la n&eacute;cessaire prise en compte de la multiplicit&eacute; des intelligences camouflent bien mal un profond m&eacute;pris pour tout ce qui rel&egrave;ve du travail productif. Ce m&eacute;pris a une fonction sociale pr&eacute;cise&nbsp;: il s&rsquo;agit, dans une soci&eacute;t&eacute; hi&eacute;rarchis&eacute;e, de justifier id&eacute;ologiquement la diff&eacute;rence de revenus entre les fonctions de direction et les fonctions d&rsquo;ex&eacute;cution. Au bas de la pyramide, les salaires doivent &ecirc;tre bas, afin de garantir le profit qui viendra r&eacute;compenser l&rsquo;investisseur. Au fur et &agrave; mesure o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve vers les fonctions dirigeantes, le revenu doit s&rsquo;&eacute;lever, pas n&eacute;cessairement parce que le travail devient plus difficile, mais parce qu&rsquo;il faut s&rsquo;assurer un attachement, un &laquo;&nbsp;esprit d&rsquo;entreprise&nbsp;&raquo; comme on dit d&eacute;sormais, de plus en plus fort. La justification officielle de ces in&eacute;galit&eacute;s de revenus r&eacute;side dans diverses &eacute;lucubration id&eacute;ologiques comme la th&eacute;orie des dons (ou des intelligences multiples), la m&eacute;ritocratie ou encore la responsabilit&eacute;. Personne ne doute en effet que M.&nbsp;Bellens, lorsqu&rsquo;il veille &agrave; ce que nous puissions demain regarder le foot dans les embouteillages, gr&acirc;ce aux smartphones 4G, assume devant la soci&eacute;t&eacute; une responsabilit&eacute; et doit faire preuve d&rsquo;une intelligence abstraite bien plus grande que, mettons, le conducteur d&rsquo;un TGV lanc&eacute; &agrave; 320 km\/h avec 800 passagers &agrave; bord&nbsp;; ou l&rsquo;ouvrier qui soude la cuve d&rsquo;un r&eacute;acteur nucl&eacute;aire&nbsp;; ou encore l&rsquo;agriculteur qui choisit de vidanger ou de ne pas vidanger son r&eacute;servoir de Roundup&copy; dans le ruisseau au bas de ma rue.<\/p>\n<p>Ce m&eacute;pris du travail productif finit cependant par jouer des tours et &agrave; ses promoteurs en les exposant &agrave; des contradictions insolubles. Il se trouve que certains m&eacute;tiers du bas de l&rsquo;&eacute;chelle sociale font appel &agrave; des techniques, &agrave; des savoirs, de plus en plus riches et complexes. D&egrave;s lors, les besoins qualitatifs en main d&rsquo;oeuvre qualifi&eacute;e, particuli&egrave;rement dans <strong>les secteurs &agrave; haute composante technologique<\/strong>, finissent par entrer en contradiction avec l&rsquo;image n&eacute;gative que l&rsquo;on v&eacute;hicule sur la nature de ce travail. Cette contradiction explique comment on peut entendre l&rsquo;OCDE proclamer d&rsquo;une m&ecirc;me voix qu&rsquo;il faut recentrer l&rsquo;enseignement sur les comp&eacute;tences de bases et qu&rsquo;il faut revaloriser les fili&egrave;res technologiques. C&rsquo;est l&rsquo;une de ces contradictions que le capitalisme a bien du mal &agrave; r&eacute;soudre en rapport avec son syst&egrave;me &eacute;ducatif.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tMais comme on le sait, &agrave; l&rsquo;Aped nous ne sommes pas du style &agrave; nous faire sp&eacute;cialement du souci pour l&rsquo;avenir du capitalisme. Aussi certains de nos amis se demandent-ils quelle mouche nous a piqu&eacute; d&rsquo;aller proclamer, urbi et orbi, qu&rsquo;il fallait une formation polytechnique. C&rsquo;est que notre vision de cette formation, les raisons pour lesquelles nous voulons donner dans les &eacute;coles une place d&rsquo;honneur &agrave; la technique et au travail, n&rsquo;ont rien &agrave; voir, ni avec les exigences imm&eacute;diates du march&eacute; du travail, ni avec des r&eacute;flexions oiseuses sur de pr&eacute;tendues intelligences multiples. Ces raisons sont d&rsquo;ordre politique et philosophique et s&rsquo;inscrivent directement dans notre conception de<strong> l&rsquo;&eacute;cole comme instrument d&rsquo;&eacute;mancipation collective<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme, disait Benjamin Franklin, est un &laquo;&nbsp;animal fabricateur d&rsquo;outils&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;a tool-making animal&nbsp;&raquo;. Le propre de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas d&rsquo;utiliser des outils &mdash; ce que font nombre d&rsquo;esp&egrave;ces animales &mdash; mais de les <strong>concevoir<\/strong>. Or, la r&eacute;volution industrielle d&rsquo;une part, l&rsquo;&eacute;ducation scolaire d&rsquo;autre part, ont creus&eacute; un foss&eacute; entre l&rsquo;homme et l&rsquo;outil, entre l&rsquo;homme et son environnement technologique.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tRemarquez, vous pourriez me dire &agrave; raison que ce qui est le propre de l&rsquo;homme on s&rsquo;en fiche un peu. Le propre de l&rsquo;homme a longtemps &eacute;t&eacute; de cuire sa nourriture sur un feu, de s&rsquo;habiller de peaux et de commettre de la peinture na&iuml;ve ou &eacute;rotique sur des parois de grottes. &Ccedil;a ne nous emp&ecirc;che heureusement pas d&rsquo;appr&eacute;cier aujourd&rsquo;hui le four micro-ondes, les v&ecirc;tements en coton et la peinture impressionniste sur toile.<\/p>\n<p>Lorsque j&rsquo;&eacute;voque le &laquo;&nbsp;propre de l&rsquo;homme&nbsp;&raquo; et son ali&eacute;nation r&eacute;cente envers la technologie, ce n&rsquo;est pas en craignant un quelconque d&eacute;s&eacute;quilibre psychologique pour nos contemporains. Je pense plut&ocirc;t &agrave; leur capacit&eacute; de comprendre, de ma&icirc;triser les techniques en tant qu&rsquo;elles sont fondatrices des rapports sociaux que les hommes entretiennent entre eux. Le feu, l&rsquo;arc &agrave; fl&egrave;ches, l&rsquo;irrigation, la s&eacute;lection des semences, l&rsquo;&eacute;levage, la roue, la charrue, la construction navale, la sid&eacute;rurgie, la chimie, la m&eacute;canique, l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, les biotechnologies, l&rsquo;informatique&#8230; tout cela a litt&eacute;ralement fa&ccedil;onn&eacute; nos soci&eacute;t&eacute;s.<\/p>\n<p>Durant des millions d&rsquo;ann&eacute;es, l&rsquo;homme a &eacute;t&eacute; en mesure d&rsquo;appr&eacute;hender pour l&rsquo;essentiel ces techniques. Soit qu&rsquo;il les ma&icirc;trisait directement, soit qu&rsquo;il les voyait ma&icirc;tris&eacute;es par les autres artisans ou agriculteurs de son village. Certes, le travail s&rsquo;est complexifi&eacute; et sp&eacute;cialis&eacute;. Mais en g&eacute;n&eacute;ral l&rsquo;homme pouvait parvenir &agrave; comprendre son environnement technologique&nbsp;; il pouvait donc aussi comprendre comment les &eacute;volutions de cet environnement agissaient sur les autres aspects de la vie en soci&eacute;t&eacute;.<\/p>\n<p>Les premiers agriculteurs du n&eacute;olithique pouvaient comprendre pourquoi leur activit&eacute; n&eacute;cessitait de se s&eacute;dentariser et, partant, de se doter de nouvelles structures juridiques et politiques, par exemple pour organiser la propri&eacute;t&eacute; de la terre.<\/p>\n<p>Le paysan de l&rsquo;Empire romain pouvait comprendre que le d&eacute;veloppement de la charrue rendait obsol&egrave;tes les techniques de production intensives en esclaves, propres aux latifundia romaines.<\/p>\n<p>Les bourgeois de Bruges au 14e si&egrave;cle, ou ceux de La Rochelle au 17e, pouvaient comprendre &agrave; quel point le d&eacute;veloppement des techniques de la navigation maritime ou celles de l&rsquo;industrie textile n&eacute;cessitaient de d&eacute;passer les vieilles r&eacute;glementations f&eacute;odales en mati&egrave;re de commerce et d&rsquo;industrie.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tEt l&rsquo;ouvrier d&rsquo;une manufacture de fa&iuml;ence, de meubles ou de quincaillerie du 18e si&egrave;cle pouvait encore comprendre, lui aussi, tous les processus techniques de production mis en oeuvre dans cette manufacture ainsi que la supr&eacute;matie qu&rsquo;offrait ce mode d&rsquo;organisation sur le travail artisanal.<\/p>\n<p><strong>Au XIXe si&egrave;cle, le machinisme et la r&eacute;volution industrielle vont radicalement changer les choses en poussant &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me la d&eacute;composition du travail complexe en travail simple. La division sociale entre le propri&eacute;taire des moyens de production et le salari&eacute; se double alors d&rsquo;une division entre celui qui a la ma&icirc;trise intellectuelle du processus de production et celui dont on ne requiert souvent m&ecirc;me plus de force physique et encore moins de qualification, mais seulement de la discipline dans l&rsquo;ex&eacute;cution de t&acirc;ches r&eacute;p&eacute;titives.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paradoxalement, c&rsquo;est &agrave; ce moment-l&agrave;, au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, alors que le travail ouvrier se d&eacute;qualifie de plus en plus, que l&rsquo;on va commencer &agrave; envoyer les enfants du peuple &agrave; l&rsquo;&eacute;cole.<\/strong> Mais est-ce vraiment paradoxal&nbsp;? L&rsquo;enfant des familles populaires d&rsquo;avant la R&eacute;volution industrielle &eacute;tait instruit, form&eacute;, socialis&eacute;, soit par la grande famille rurale soit dans le cadre de l&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<p>On lui enseignait, sur le tas, la th&eacute;orie et la pratique des activit&eacute;s productives complexes auxquelles il allait devoir participer. Mais on lui inculquait aussi les r&egrave;gles, les savoirs et les savoir-faire n&eacute;cessaires &agrave; la vie collective&nbsp;: la morale, la religion, des rudiments de commerce et d&rsquo;&eacute;conomie domestique, l&rsquo;hygi&egrave;ne et l&rsquo;&eacute;ducation des enfants, le calcul, souvent m&ecirc;me la lecture et l&rsquo;&eacute;criture.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tLa r&eacute;volution industrielle brise tout cela. Elle d&eacute;truit la grande famille rurale par l&rsquo;urbanisation galopante. Elle provoque le d&eacute;clin de l&rsquo;apprentissage par la d&eacute;qualification du travail ouvrier. Elle broie l&rsquo;&eacute;ducation familiale par le travail des femmes et des enfants en usine. Avec la disparition des ces lieux traditionnels de socialisation, les villes et les campagnes se mettent &agrave; grouiller d&rsquo;enfants mis&eacute;reux, cherchant &agrave; survivre par tous les moyens. La bourgeoisie finit par s&rsquo;en &eacute;mouvoir&nbsp;: ces gamins sont une menace pour l&rsquo;ordre &eacute;tabli et leur d&eacute;r&eacute;gulation morale menace de les rendre inaptes au travail disciplin&eacute; que la fabrique leur r&eacute;serve. &laquo;&nbsp;Ouvrir une &eacute;cole, c&rsquo;est fermer une prison&nbsp;&raquo; s&rsquo;&eacute;crie Victor Hugo. C&rsquo;est donc &agrave; l&rsquo;&eacute;cole que l&rsquo;on demandera d&eacute;sormais d&rsquo;inculquer aux enfants du peuple la morale, la lecture et l&rsquo;&eacute;criture, le calcul, les poids et mesures, des notions d&rsquo;&eacute;conomie domestique, etc. Mais surtout pas d&rsquo;histoire ou d&rsquo;autres sciences sociales car, dit Adolphe Thiers, &laquo;&nbsp;il faut bien se garder surtout d&rsquo;aborder &agrave; l&rsquo;&eacute;cole les doctrines sociales, qui doivent &ecirc;tre impos&eacute;es aux masses&nbsp;&raquo;. Et pas de technologie non plus&nbsp;: c&rsquo;est l&rsquo;affaire des ing&eacute;nieurs.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tIl faut attendre la fin du XIXe si&egrave;cle pour que, face &agrave; la mont&eacute;e du &laquo;&nbsp;p&eacute;ril socialiste&nbsp;&raquo; et &agrave; la menace croissante de guerres entre les grandes puissances industrielles, on se r&eacute;solve &agrave; introduire &agrave; l&rsquo;&eacute;cole du peuple l&rsquo;&eacute;tude de la g&eacute;ographie et de l&rsquo;histoire qui doivent, disait Jules Ferry, &laquo;&nbsp;inspirer le respect et l&rsquo;attachement pour les principes sur lesquels (notre) soci&eacute;t&eacute; est fond&eacute;e&nbsp;&raquo;.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tMais toujours pas de technologie.<\/p>\n<p>Apr&egrave;s la Premi&egrave;re Guerre mondiale &mdash;&nbsp;dont les cimeti&egrave;res portent le t&eacute;moignage de l&rsquo;efficacit&eacute; qu&rsquo;eut l&rsquo;&eacute;cole comme appareil-id&eacute;ologique d&rsquo;Etat &mdash; les attentes changent derechef. Les nouvelles industries li&eacute;es aux technologies de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, de la m&eacute;canique, de l&rsquo;&eacute;lectrom&eacute;canique&#8230; r&eacute;clament une formation plus pouss&eacute;e pour une partie des travailleurs. On s&eacute;lectionnera les &laquo;&nbsp;meilleurs&nbsp;&raquo; d&rsquo;entre eux, les plus m&eacute;ritants, pour les envoyer dans des &eacute;coles techniques ou professionnelles. &Ccedil;a y est, la technologie fait son entr&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, mais pour une minorit&eacute; d&rsquo;enfants seulement.<\/p>\n<p>Durant les Trente Glorieuses le mouvement s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;re et l&rsquo;&eacute;cole secondaire se massifie. La s&eacute;lection m&eacute;ritocratique &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du secondaire se trouve progressivement remplac&eacute;e par une s&eacute;lection plus tardive, bas&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;chec. On oriente d&eacute;sormais les &laquo;&nbsp;moins bons&nbsp;&raquo; &eacute;l&egrave;ves du &laquo;&nbsp;noble&nbsp;&raquo; enseignement g&eacute;n&eacute;ral vers un enseignement qualifiant qui, du coup, se transforme en fili&egrave;re de rel&eacute;gation. Le rapport scolaire &agrave; la technologie a pris la forme que nous lui connaissons. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, dans l&rsquo;enseignement g&eacute;n&eacute;ral, les enfants des classes sup&eacute;rieures re&ccedil;oivent une formation totalement d&eacute;connect&eacute;e du monde du travail&nbsp;; cette d&eacute;connection est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;un des moyens d&rsquo;op&eacute;rer la reproduction sociale en conservant dans cet enseignement un rapport au savoir &eacute;tranger &agrave; celui qui pr&eacute;vaut dans les familles populaires. De l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;, dans l&rsquo;enseignement qualifiant, les enfants du peuple ont droit &agrave; une formation &eacute;troitement sp&eacute;cialis&eacute;e&nbsp;; si la formation technologique y est pr&eacute;sente, c&rsquo;est uniquement dans la mesure &eacute;troite de son utilit&eacute; directe pour le travail productif sp&eacute;cialis&eacute; auquel le jeune est pr&eacute;par&eacute;.<\/p>\n<p>La formation polytechnique, telle que nous l&rsquo;envisageons est &agrave; l&rsquo;oppos&eacute; de cette conception duale de l&rsquo;&eacute;cole. Nous entendons la formation technique, non pas comme une pr&eacute;paration directe &agrave; l&rsquo;entr&eacute; dans la vie professionnelle, ni m&ecirc;me comme une pr&eacute;paration au choix d&rsquo;orientation &mdash; m&ecirc;me si, bien entendu, ces deux dimensions peuvent et doivent &ecirc;tre pr&eacute;sentes &mdash; mais nous l&rsquo;entendons d&rsquo;abord comme une partie int&eacute;grante de la formation g&eacute;n&eacute;rale. En fait, nous refusons cette distinction entre formation g&eacute;n&eacute;rale et technique. Pour nous, le but de l&rsquo;&eacute;cole commune &mdash; de 5 &agrave; 16 ans &mdash;&nbsp;est bien de dispenser une formation g&eacute;n&eacute;rale. Mais, justement, aucune formation ne peut se pr&eacute;tendre g&eacute;n&eacute;rale si elle n&rsquo;inclut pas un large &eacute;ventail de technologies, si elle n&rsquo;apprend pas ce que sont les grandes techniques de notre temps, celles de la vie quotidienne comme celles du monde productif, si elle ne fait pas d&eacute;couvrir ce qu&rsquo;est le monde du travail, comment sont produites les richesses que nous consommons ou dont nous jouissons tous les jours. Comme le disait Anatole Lounatcharski&nbsp;:<\/p>\n<p><i>&laquo;&nbsp;&agrave; la diff&eacute;rence de l&rsquo;enseignement technique, o&ugrave; il ne s&rsquo;agit que de faire d&rsquo;un homme un bon ouvrier, nous entendons (l&rsquo;instruction polytechnique) comme faisant partie de l&rsquo;instruction g&eacute;n&eacute;rale. Il ne s&rsquo;agit pas de former un bon tourneur ou un bon ouvrier du textile, mais d&rsquo;apprendre &agrave; l&rsquo;homme &agrave; conna&icirc;tre le travail.&nbsp;&raquo; <\/i><\/p>\n<p>Il est impossible de comprendre le monde &eacute;conomique et social sans comprendre l&rsquo;acte productif qui est la source des richesses et donc sans comprendre les rapports techniques de production. Celui qui n&rsquo;a aucune id&eacute;e de ce qu&rsquo;est l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, de ce qu&rsquo;est l&rsquo;agriculture, de ce qu&rsquo;est l&rsquo;informatique, de ce qu&rsquo;est un moteur &agrave; explosion, de la fa&ccedil;on dont ces techniques sont cr&eacute;&eacute;es, produites, utilis&eacute;es, des rapports qu&rsquo;elles d&eacute;terminent entre l&rsquo;homme et la machine ne peut avoir qu&rsquo;une id&eacute;e tr&egrave;s partielle et d&eacute;form&eacute;e des rapports qui s&rsquo;&eacute;tablissent entre ces hommes et comment ces rapports sont devenus ce qu&rsquo;ils sont.<\/p>\n<p>De m&ecirc;me qu&rsquo;on ne saurait comprendre le XIXe si&egrave;cle sans comprendre les bouleversements qu&rsquo;y ont apport&eacute; la vapeur et la machine, qui oserait d&eacute;crire les mutations de l&rsquo;&eacute;poque actuelle sans &eacute;voquer l&rsquo;ordinateur, les t&eacute;l&eacute;communications et la bio-ing&eacute;nierie&nbsp;? Aussi, dans notre esprit, l&rsquo;un des objectifs premiers de la formation polytechnique est-il de permettre au futur citoyen de saisir le r&ocirc;le historique de la technologie dans les changements de soci&eacute;t&eacute;. L&rsquo;organisation de la production et de la distribution des richesses est l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment fondamental, d&eacute;terminant, de toute l&rsquo;organisation sociale. Et le d&eacute;veloppement des outils, des techniques, est l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment fondamental du d&eacute;veloppement des rapports de production.<\/p>\n<p>Comprendre comment fonctionne concr&egrave;tement la production permet de d&eacute;truire l&rsquo;id&eacute;e selon laquelle l&rsquo;argent &laquo;&nbsp;fructifie&nbsp;&raquo; tout seul, sans travail, qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait plus besoin de travail pour produire de la richesse.<\/p>\n<p>La formation polytechnique permet de comprendre les potentialit&eacute;s &eacute;normes qu&rsquo;offrent les technologies modernes sur le plan du progr&egrave;s en mati&egrave;re de sant&eacute; ou de qualit&eacute; de vie&nbsp;; mais aussi les &eacute;normes dangers qu&rsquo;elles rec&egrave;lent potentiellement, lorsqu&rsquo;elles sont mises en oeuvre dans une vision exclusive de profit et sans r&eacute;flexion &agrave; long terme.<\/p>\n<p>Nous ne n&eacute;gligeons pas l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t d&rsquo;une formation polytechnique pour mieux ma&icirc;triser son environnement technique quotidien qui, lui aussi, rec&egrave;le de nombreux dangers et pour permettre au jeune d&rsquo;op&eacute;rer un choix d&rsquo;orientation plus r&eacute;fl&eacute;chir et plus riche.<\/p>\n<p>Enfin, nous croyons qu&rsquo;une &eacute;ducation polytechnique devra produire de meilleurs travailleurs, du moins au sens o&ugrave; nous entendons la qualit&eacute; d&rsquo;un travailleur&nbsp;: des travailleurs qui auront une r&eacute;elle intelligence de la diversit&eacute; de processus et de machines qu&rsquo;ils rencontreront. &Ccedil;a n&rsquo;est pas forc&eacute;ment le type de &laquo;&nbsp;bons travailleurs&nbsp;&raquo; que r&eacute;clament les patrons qui demandent tant&ocirc;t des travailleurs &eacute;troitement sp&eacute;cialis&eacute;s, tant&ocirc;t des gens juste assez flexibles et adaptables pour se couler dans des t&acirc;ches diverses sans rechigner.<\/p>\n<p>Vous l&rsquo;aurez compris. On ne s&rsquo;en sortira pas en renvoyant les uns &agrave; l&rsquo;intelligence de la main pendant que les autres feront de l&rsquo;abstraction. Plus fondamentalement, il faut absolument rejeter une conception qui assimilerait la formation g&eacute;n&eacute;rale &agrave; la th&eacute;orie et la formation technique &agrave; la pratique. Nous ne voulons pas qu&rsquo;&agrave; c&ocirc;t&eacute; de cours de math&eacute;matique, de fran&ccedil;ais et d&rsquo;histoire coup&eacute;s de la pratique on ait, en guise de formation technologique, un cours de bricolage o&ugrave; l&rsquo;on passera une ann&eacute;e &agrave; connecter une pile &agrave; une ampoule.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tJ&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; dit que la formation polytechnique doit &ecirc;tre une partie int&eacute;grante de la formation g&eacute;n&eacute;rale. J&rsquo;ajoute que la formation polytechnique, tout comme le reste de la formation g&eacute;n&eacute;rale, doit &ecirc;tre &agrave; la fois th&eacute;orique et pratique.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tVous savez que l&rsquo;Aped a largement contribu&eacute; au mouvement de critique contre l&rsquo;approche par comp&eacute;tences qui s&eacute;vit depuis dix ans dans les syst&egrave;mes d&rsquo;enseignement francophones et que l&rsquo;on met aujourd&rsquo;hui en place en Flandre. Cet apr&egrave;s-midi j&rsquo;aurai encore le temps de dire &#8211; en n&eacute;erlandais &#8211; tout le mal que je pense de cette conception productiviste de l&rsquo;enseignement. N&eacute;anmoins, nous ne devons pas oublier que si l&rsquo;APC &eacute;tait certes une mauvais r&eacute;ponse, elle r&eacute;pondait tout de m&ecirc;me &agrave; une question pertinente&nbsp;: celle de la relation entre le savoir et les usages du savoir.<\/p>\n<p>Le probl&egrave;me de l&rsquo;APC c&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; force de se focaliser sur un probl&egrave;me r&eacute;el &mdash;&nbsp;l&rsquo;incapacit&eacute; r&eacute;currente chez les &eacute;l&egrave;ves de mobiliser les savoirs enseign&eacute;s &mdash;&nbsp;on a fini par oublier tout le reste&nbsp;: comment se construisent les savoirs&nbsp;? Qu&rsquo;est-ce qui leur donne du sens&nbsp;? Et puis, pas du tout accessoirement, quels savoirs faut-il enseigner&nbsp;?<\/p>\n<p>C&rsquo;est &agrave; tous ces questionnement que r&eacute;pond notre conception d&rsquo;une formation g&eacute;n&eacute;rale ET polytechnique, th&eacute;orique ET pratique.<\/p>\n<p>La formation doit &ecirc;tre g&eacute;n&eacute;rale ET polytechnique parce que comprendre le monde ce n&rsquo;est pas &eacute;tudier seulement l&rsquo;histoire et les maths, c&rsquo;est aussi d&eacute;couvrir ce qu&rsquo;est une usine, une entreprise agricole, un atelier, un h&ocirc;pital&nbsp;; c&rsquo;est aussi comprendre ce que font les banques, les assurances, les syndicats&nbsp;; c&rsquo;est aussi apprendre &agrave; se soigner, &agrave; se nourrir sainement, &agrave; &eacute;duquer ses enfants. Bref nous voulons renouer avec une formation compl&egrave;te, multidimensionnelle. Une formation que l&rsquo;&eacute;cole n&rsquo;a jamais offert aux enfants du peuple.<\/p>\n<p>La formation doit &ecirc;tre th&eacute;orique ET pratique parce que si le savoir th&eacute;orique est incontestablement sup&eacute;rieur au savoir pratique, empirique, il n&rsquo;en reste pas moins que la pratique est le meilleur moyen de donner sens aux apprentissages&nbsp;; que la pratique constitue le terrain id&eacute;al pour construire ou d&eacute;construire des concepts th&eacute;oriques&nbsp;; parce que, enfin, la pratique est, en g&eacute;n&eacute;ral, la destination finale du savoir th&eacute;orique. Mais ce dernier point, l&rsquo;APC nous a appris &agrave; ne pas l&rsquo;oublier.<\/p>\n<p>Oui, nous voulons r&eacute;ellement faire entrer le travail productif &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Dans cette &eacute;cole-l&agrave;, on construira des &eacute;oliennes et des ballons, on montera des films et des pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre, on fera de la cuisine et les grands &eacute;duqueront les petits. A travers chacune de ces activit&eacute;s, les savoirs th&eacute;oriques prendront sens, se construiront, seront mis en oeuvre et seront v&eacute;rifi&eacute;s. Mais cette pratique ne peut &eacute;videmment pas remplacer les cours th&eacute;oriques. Ils restent les lieux indispensables de la synth&egrave;se, de l&rsquo;abstraction, du d&eacute;veloppement, de la syst&eacute;matisation,&#8230;<\/p>\n<p>Ceci, cet &eacute;quilibre entre th&eacute;orie et pratique, est vrai aussi bien pour ce que l&rsquo;on appelle habituellement de la formation g&eacute;n&eacute;rale &mdash; les langues,&nbsp;les maths, les sciences, l&rsquo;histoire, la g&eacute;o&#8230; &mdash; que pour tout ce que nous voulons y ajouter sous le vocable de formation polytechnique&nbsp;: les techniques de l&rsquo;industrie, celles de l&rsquo;agriculture, celles des services, celles m&ecirc;me du monde financier et bien s&ucirc;r aussi celles de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>J&rsquo;inclus &eacute;videmment dans la pratique, l&rsquo;observation, qu&rsquo;elle soit scientifique ou simplement documentaire&nbsp;: la technologie et le travail se d&eacute;couvrent aussi en visitant des usines et fermes, des h&ocirc;pitaux et des &eacute;cluses.<\/p>\n<p>Voil&agrave; pourquoi notre vision de l&rsquo;enseignement polytechnique est ins&eacute;parable de ce concept que l&rsquo;on nomme si bien &laquo;&nbsp;brede school&nbsp;&raquo; en n&eacute;erlandais et pour lequel nous n&rsquo;avons trouv&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent que cette formule bancale d&rsquo;&eacute;cole ouverte. L&rsquo;&eacute;cole qui restera ouverte apr&egrave;s les cours, le mercredi apr&egrave;s-midi, le week-end, et o&ugrave; l&rsquo;on poursuivra, apr&egrave;s un bon go&ucirc;ter et quelques jeux, les chantiers de production artistique, litt&eacute;raire ou technologique, les bricolages et les pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre qui donnent sens au savoir, lui offrent un champ pour se construire et le transforment en v&eacute;ritable comp&eacute;tences et pas dans ces comp&eacute;tences &eacute;th&eacute;r&eacute;es, purement sp&eacute;culatives auxquelles on nous a habitu&eacute; dans l&rsquo;APC.<\/p>\n<p>On nous dira sans doute que ce projet est par trop ambitieux. Je pense qu&rsquo;il est simplement &agrave; la hauteur des d&eacute;fis que devront affronter les futures g&eacute;n&eacute;rations&nbsp;: nourrir, loger et v&ecirc;tir correctement 10 milliards d&rsquo;&ecirc;tre humains, les soigner, les &eacute;duquer, leur fournir l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la culture, au transport, &agrave; la paix et &agrave; la s&eacute;curit&eacute;, r&eacute;aliser tout cela sans &eacute;puiser les ressources de la plan&egrave;te, en pr&eacute;servant l&rsquo;&eacute;quilibre biologique, en assurant un environnement sain et agr&eacute;able et en assurant des prises de d&eacute;cision d&eacute;mocratiques.<br class=\"autobr\" \/><br \/>\n\t\t<br \/>\n\t\tSi quelqu&rsquo;un croit qu&rsquo;on pourra r&eacute;aliser tout cela sans &ecirc;tre extr&ecirc;mement ambitieux, alors il faudrait qu&rsquo;il nous explique tr&egrave;s vite comment faire.<\/p>\n<p>Je vous remercie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.skolo.org\/spip.php?article1541\"><em><strong>Source de l&#39;article.<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intervention de N. 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